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L’entreprise face au défi de la santé environnementale

Quels sont les enjeux de la santé environnementale, et quel rôle les entreprises et leurs dirigeants peuvent-ils jouer pour améliorer cette dernière ? Le sujet était au cœur de la rencontre organisée par Essentiel Santé Magazine, ce mardi 16 avril à Paris, avec des acteurs du monde associatif, mutualiste, et de l’entreprise.

L’environnement se hisse parmi les préoccupations numéro un des Français, avec parfois, un sentiment d’impuissance face au réchauffement climatique, par exemple. Pourtant, rappelle Catherine Touvrey, directrice générale d’Harmonie Mutuelle, « le pire n’est pas inéluctable et on peut faire de ces ruptures des transitions, de façon collective ». C’est dans cette optique qu’Essentiel Santé Magazine a organisé, mardi 16 avril à Paris, une de ses Agoras mutualistes sur le thème de la santé environnementale, et de l’enjeu qu’elle représente pour les entreprises.

Qu’est-ce que la santé environnementale ?

La santé environnementale désigne « l’impact de l’environnement sur notre santé. C’est l’air qu’on respire, mais aussi le tissu de la chaise sur laquelle on s’assoit, la moquette du bureau, les vêtements que l’on porte, le maquillage mis le matin, le gel douche… C’est notre quotidien », explique Ragnar Weissmann, docteur en microbiologie et directeur scientifique de l’association Objectif Santé Environnement. Or, chacun d’entre nous peut avoir un impact sur la santé environnementale, y compris les chefs d’entreprise.

Agora : santé environnementale
Les intervenants de ce débat (de gauche à droite) : Charlotte Lepitre (coordinatrice du réseau Santé et Environnement de la fédération France Nature Environnement), Ragnar Weissmann (directeur scientifique de l’association Objectif Santé Environnement), Emmanuel Soulias (directeur général d’Enercoop), Olivier Renaud (directeur général d’Easyteam) et Océane Berthé (agence Atlantic Santé).

Réduire l’empreinte carbone

Olivier Renaud, directeur général d’Easyteam, entreprise spécialisée dans l’informatique, se souvient de sa prise de conscience personnelle lors d’une conférence sur « le droit pour chacun à respirer de l’air pur ». Il décide alors de modifier ses habitudes personnelles, mais aussi d’imprimer à son entreprise une nouvelle direction. D’abord, en montrant l’exemple en tant que manager, puis en agissant sur le fonctionnement de sa PME. « Trois axes sont possibles : les frais généraux (le transport, les gobelets par exemple), l’axe « métiers » (réduire le nombre de serveurs informatiques) et le travail sur l’empreinte carbone des salariés. Celui-ci est l’axe principal : il permet de stimuler la créativité et de trouver les meilleures solutions pour l’entreprise ». Achat de véhicules hybrides et électriques, mise en place du télétravail, diminution des trajets en avion, possibilité de travailler avec le même ordinateur au bureau et à domicile pour diviser le nombre de machines utilisées sont quelques-unes des pistes empruntées par la PME pour réduire son empreinte carbone globale.

Changer les habitudes

L’association Objectif Santé Environnement, basée à Bordeaux, accompagne des collectivités pour améliorer la qualité environnementale de leurs locaux au quotidien. Elle n’a par exemple conseillé des bailleurs sociaux dans le changement des produits d’entretien utilisés pour les immeubles, puis dans le choix des matériaux et peintures pour les nouvelles constructions. Mais aussi des maternités pour « le choix des peintures lors de rénovation, des produits nettoyants aussi, sans oublier le tri des cosmétiques qui sont offerts aux jeunes mamans par certaines marques… » Des actions qui peuvent paraître anodines mais, affirme Ragnar Weissmann, « l’important est de comprendre qu’on a la possibilité d’agir à son niveau. Cela sensibilise. »

La santé des collaborateurs

La santé environnementale sur le lieu de travail passe aussi par la qualité de l’air intérieur qui, on a tendance à l’oublier, est pollué lui aussi. C’est ce que rappelle Charlotte Lepitre, coordinatrice du réseau Santé et Environnement de la fédération France Nature Environnement. « Cette pollution provient du mobilier, des moquettes, des peintures utilisées… On peut demander des mesures comme évaluer dans les locaux l’exposition au radon, un gaz naturel radioactif, ou aux phtalates. Mais on oublie que la base, c’est une pratique très simple : aérer les locaux chaque matin. Dix minutes d’aération limitent l’exposition aux polluants intérieurs accumulés pendant la nuit, et c’est efficace même en cas de pic de pollution à l’extérieur. » Que faire si l’on travaille dans une tour dont les fenêtres sont bloquées, demande une personne dans le public. Réponse : il est conseillé de vérifier le bon fonctionnement du système d’aération.

Pour les collaborateurs, la santé environnementale passe aussi par l’alimentation. C’est la mission d’Océane Berthé pour l’agence Atlantic Santé, spécialisée dans la nutrition santé. « Nous accompagnons les entreprises – notamment dans l’agroalimentaire – vers l’amélioration de la qualité de leurs produits, mas aussi dans le quotidien, en nous penchant sur la restauration collective qu’elles proposent à leurs collaborateurs ». C’est aussi du coaching individuel en nutrition pour chacun d’entre eux, parce que la santé passe par l’assiette et que le public, perdu dans les informations, ne sait plus trop ce qu’il met dans la sienne.

Anticiper les changements stratégiques

Si la santé environnementale est un enjeu citoyen pour les entreprises, c’est aussi désormais un vrai levier stratégique pour garder à long terme leur clientèle, leurs investisseurs et leurs collaborateurs. C’est ce que souligne Emmanuel Soulias, directeur général d’Enercoop, seul fournisseur d’électricité d’origine 100 % renouvelable en France. « Les consommateurs deviennent de plus en plus des consomm’acteurs. La responsabilité de l’entreprise est donc d’anticiper l’évolution du marché : ces consommateurs vérifieront la responsabilité sociale de l’entreprise, ses impacts sociaux, environnementaux. Les financeurs eux aussi y sont de plus en plus attentifs : les agences de notation incluent désormais ces critères. »

La jeunesse est d’ores et déjà très engagée sur les sujets environnementaux. En automne 2018, près de 18 000 étudiants de grandes écoles françaises se sont engagés dans un manifeste écrit, à ne pas aller travailler dans une entreprise polluante. Tout au long de la rencontre, les questions et réactions dans l’assistance sont nombreuses. Une personne évoque à propos du souci environnemental cette référence au mouvement des Gilets Jaunes : « Faut-il se préoccuper davantage de la fin du monde ou de la fin du mois ? » Comment les entreprises françaises peuvent-elles se montrer à la fois compétitives et respectueuses du développement durable ? Pour les invités, l’un et l’autre ne sont pas incompatibles. On pourrait répercuter sur les prix des biens importés les coûts pour l’environnement (dépollution, empreinte carbone…) suggère Charlotte Lepitre. Surtout, la santé environnementale demande aux entreprises une réflexion globale : « anticiper plusieurs aspects en même temps : c’est comme au Rubik’s Cube, pour gagner il faut penser toutes les faces à la fois ! », conclut Ragnar Weissmann.

  • Pauline Hervé
  • Crédit photo : Youssef Larayedh

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