Sport en entreprise : quels sont les bienfaits ?

La pratique d’une activité physique ou sportive régulière est un véritable vecteur de santé. Et les entreprises ont leur rôle à jouer. Stéphane Diagana, champion du monde d’athlétisme, et Alain Bernard, champion olympique de natation, expliquent pourquoi.

Stéphane Diagana et Alain Bernard : les bienfaits du sport en entreprise

Selon une étude réalisée en 2015*, la pratique d’une activité physique ou sportive ferait gagner trois ans d’espérance de vie à un salarié. C’est énorme.

Stéphane Diagana : Et ce n’est pas si surprenant. L’activité physique est un réel enjeu de société. On a divisé par huit en 200 ans notre niveau d’activité physique. Cela est dû en grande partie au mode de vie qui est de plus en plus sédentaire. Souvent, votre vie professionnelle fait en sorte que vous allez être assis sept heures par jour. Ajoutez à cela l’heure et demie que vous passez dans les transports, et vous arrivez à des niveaux de sédentarité jamais connus dans l’histoire de l’humanité. Le vivant me passionne. En m’y intéressant, j’ai vu à quel point le mouvement est générateur de santé, et que le non-mouvement est générateur de maladies. La sédentarité tue plus que le tabac dans le monde depuis 2012. Ce sont les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé. Le sport doit donc se mettre au service de ces enjeux de santé.

Le sport en entreprise : un nouvel enjeu de santé publique

Selon vous, l’entreprise a-t-elle une responsabilité à prendre vis-à-vis de ces enjeux ?

S.D. : Tout le monde a une responsabilité à prendre, et l’entreprise aussi, puisqu’elle est un haut lieu de sédentarité. Donc le minimum qu’elle puisse faire, c’est faciliter des temps de pratique. Il peut s’agir, par exemple, de donner accès à des salles de fitness, d’organiser des cours sur place avec un coach, d’aménager une salle sur le lieu de travail… Le débat est ensuite de savoir si ces périodes se situent le matin, durant la pause déjeuner, en fin de journée, pendant ou hors du temps de travail. Une entreprise en bonne santé, ce sont avant tout des collaborateurs en bonne santé, que ce soit sur le plan physique ou psychique. Pour l’entreprise, il est incontournable de considérer la question.

Alain Bernard : Il faut en effet encourager les entreprises à prendre leur part de responsabilité pour le bien de leur société et de leurs collaborateurs. Mais pour que les choses changent, il faut changer les mentalités. Il y a une forme de responsabilisation à faire autour du sport en entreprise et du sport santé plus largement. Nous avons tous un rôle à jouer, que ce soit les chefs d’entreprise, les salariés, les athlètes ou encore le corps médical pour valoriser la pratique sportive. Et dans moins de cinq ans, nous aurons la chance de pouvoir accueillir le monde du sport en France grâce aux Jeux olympiques. J’espère que cela pourra insuffler une réelle dynamique sportive.

Champions et conférenciers

Même s’ils ont tourné la page sur leur carrière d’athlète de haut niveau, Alain Bernard et Stéphane Diagana n’ont toutefois pas dit au revoir au monde du sport. Bien au contraire. Ils ont décidé de partager leur passion au plus grand nombre à travers plusieurs engagements. Tous les deux interviennent notamment en entreprise pour faire la promotion du sport santé et pour faire rayonner les bénéfices du sport en entreprise. Ils mettent à disposition leur expertise et sensibilisent les salariés comme les dirigeants aux bienfaits de l’activité physique et aux méfaits de la sédentarité.

On dit du stress qu’il serait le mal du siècle. Or, il est souvent lié à la vie professionnelle. La pratique d’une activité sportive contribuerait-elle à mieux le gérer ?

A. B. : Aujourd’hui, avec les vies qu’on mène, beaucoup de gens sont épuisés psychologiquement. Quand vous êtes exténué mentalement, vous avez souvent du mal à trouver le sommeil. Ça tourne en boucle. Vous avez des nuits réduites, donc vous vous réveillez fatigué. C’est un cercle vicieux qui s’installe. Le fait de pratiquer une activité physique permet de transformer cette fatigue psychologique en une bonne fatigue physique qui sera beaucoup plus propice à un sommeil réparateur. Vous serez donc beaucoup plus disposé à travailler efficacement.

S. D. : Le stress est un phénomène de survie à la base. C’est quelque chose qui va vous mobiliser fortement pour réagir face à un danger. À l’époque, lorsqu’une bête féroce chargeait, par exemple, il y avait une réponse physique. Le combat ou la fuite. Aujourd’hui, le stress est moins intense, mais il est plus insidieux, car il n’est pas évacué. C’est pour ça qu’il est nocif et qu’il engendre des dysfonctionnements. Or le sport est un excellent moyen de se défouler.

Un levier de performance pour l’entreprise

Comment convaincre un dirigeant de favoriser le sport en entreprise ?

A. B. : Le premier argument est le gain de productivité. Elle sera forcément en hausse si les collaborateurs sont en bonne santé, bien dans leur corps et dans leur tête. Ils seront plus investis, ce qui contribuera aussi à faire baisser le taux d’absentéisme au travail. Tout le monde y gagnera. Il y a également une dimension sociale très importante dans la pratique d’une activité physique. Le fait de rassembler les équipes autour d’un sport peut créer une dynamique et une émulation intéressantes au sein de l’entreprise.

S. D. : L’entreprise en tirera un bénéfice dans les relations et les liens que pourront tisser les personnes. On décloisonne, on apprend à se connaître. C’est bien mieux que les mails parfois. Il suffit de pas grand-chose pour créer une dynamique. Il faut l’initier, trouver les bons relais. Aussi, lorsque vous faites du sport, la confiance que vous gagnez sur ce terrain, vous allez pouvoir la transférer dans d’autres domaines, comme au travail.

Du sport dès le plus jeune âge

Vous vous impliquez tous les deux auprès des jeunes. C’est important de prendre plaisir à faire du sport dès le plus jeune âge ?

S. D. : Je suis convaincu que les expériences de jeunesse peuvent être très positives pour la pratique d’une activité physique régulière plus tard. Parce que je me rends compte que les gens qui n’ont pas fait de sport depuis longtemps, c’est souvent parce qu’ils ont un mauvais souvenir du sport à l’école, un effort trop atroce, mal géré et mal préparé. Cela peut marquer et donner une relation assez négative à la notion d’effort physique. L’enseignement du sport aux jeunes est essentiel et surtout la notion de plaisir.

A. B. : Je m’implique beaucoup auprès des jeunes pour les sensibiliser à la pratique du sport, notamment à travers des stages de natation. Je suis aussi convaincu qu’il peut y avoir un effet positif et un rayonnement sur leur entourage. On peut toucher plus largement le foyer familial, amical, et relationnel. Il faut transmettre cette envie de faire du sport aux plus jeunes si on veut que les mentalités changent, notamment au sein des entreprises et auprès des dirigeants de demain.

  • Propos recueillis par Cassandra Poirier
  • Crédit photo : Laurent Loiseau

Un commentaire pour cet article

  1. MASSON Laurence

    Des messages forts dans cet article.
    L’activité physique, comme activité indispensable dans la lutte contre la sédentarité, est indéniable. Il reste à convaincre les non pratiquants de profiter de cet élan collectif en entreprise pour se lancer dans une pratique physique.
    L’organisation du travail dans tous les services au sein d’une même entreprise, est nécessaire afin de fédérer l’ensemble du personnel dans cette aventure.
    Stéphane Diagana ouvre une porte. L’entreprise doit permettre à tous de s’y engouffrer!

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