Associations : comment retrouver les adhérents après la crise du Covid ?

mis en ligne le :

Avec l’arrêt des activités et la perte de nombreux bénévoles, la crise du coronavirus a frappé durement les associations. Tour d’horizon du monde associatif post-Covid, entre quête de reconnaissance et besoin de renouvellement.

des bénévoles distribuent des repas durant la pandémie du Covid 19

« Mon association, je l’adore, j’y adhère ! ». Le message de la campagne initiée par les acteurs du monde de l’économie sociale et solidaire et soutenue par le Secrétariat d’Etat chargé de la Jeunesse et de l’Engagement est clair : les associations ont besoin de (re)trouver des adhérents. Aujourd’hui en France, environ 1,5 million d’associations exercent leur activité dans des domaines très variés : sport, culture, humanitaire, santé… On y dénombre 21 millions d’adhérents et 13 millions de bénévoles, pour 1,8 million de salariés. Contrairement aux idées reçues, ces structures ne vivent pas que des fonds publics, qui représentent en réalité moins de la moitié de leur budget total. Le financement privé, composé en partie des dons et des cotisations, représente 56 % des revenus du monde associatif.

Durant la crise du Covid, le secteur a été fortement impacté, avec un arrêt des activités pour près de deux tiers des associations. Face au risque de perte de revenus et de désengagement des adhérents, la mobilisation conjointe de l’Etat et des acteurs du monde associatif a permis à l’ensemble du secteur de conserver un relatif équilibre économique et social. La situation reste cependant fragile pour les associations, qui comptent aujourd’hui sur la reprise des activités et le retour de leurs adhérents pour retrouver la confiance. Alors que se profile une sortie de crise, l’activité tarde pourtant à reprendre.

Les associations ont vécu la crise de manière très différente selon leur secteur d’activité

Comment l’engagement associatif se porte-t-il après 18 mois de crise ? « On observe de grandes disparités entre les associations, déclare Hubert Pénicaud, référent « vie associative » à France Bénévolat. Alors que des secteurs comme le sport ou la culture ont été mis complètement à l’arrêt, d’autres ont été au contraire sursollicités ». C’est le cas par exemple des associations caritatives ou humanitaires. « Pour les associations comme pour les bénévoles, certains sortent de la crise avec une énergie décuplée car ils se sont mobilisés. D’autres sont démobilisés suite à l’arrêt des activités. »

Cette disparité s’explique aussi par les modes de fonctionnement des structures. « Les associations qui avaient l’habitude d’animer leur réseau de bénévoles, avec des échanges réguliers, s’en sont mieux sorties. »

Le retour des adhérents est essentiel à la poursuite des activités

Le Mouvement Associatif a réalisé plusieurs enquêtes auprès des associations depuis le début de la crise. Dans la dernière, une de leur principale crainte concernait le retour des adhérents. « Pour 80 % des associations, le modèle économique repose en grande partie sur les cotisations. Or moins d’adhérents, c’est moins de cotisations, et donc une instabilité économique, alerte Claire Thoury, présidente du Mouvement Associatif. Mais c’est aussi moins de lien social, qui est au cœur du projet associatif. »

La problématique du désengagement des adhérents est double. « D’un côté, vous avez des gens qui n’étaient plus du tout sollicités et ont rempli leur vie autrement, explique Hubert Pénicaud. Aujourd’hui, ils ne reviennent pas, et il faut aller les chercher. De l’autre, il y a une population, assez jeune, qui a rejoint le monde associatif durant les différents confinements, et avec qui les associations doivent maintenir le lien. »

Les associations ont donc dû innover. « Beaucoup de structures associatives se sont complètement réinventées pour s’adapter au contexte, observe Claire Thoury. Notamment en s’appropriant les outils numériques pour poursuivre leurs activités. » Mais la place prise par le digital durant la pandémie a aussi contribué à éloigner les adhérents. « On assiste à une individualisation des pratiques. Mais ce n’est pas du tout la même chose de faire du sport chez soi sur une application en ligne et de retourner dans son club sportif pour retrouver un collectif, du lien social. »

L’Etat au soutien des associations et des emplois

Dès l’instauration des premières restrictions en mars 2020, l’État a annoncé des mesures de soutien pour les entreprises : prêt garanti par l’état, fonds de solidarité, ou encore remises d’impôts. Dans un premier temps, les modalités n’étaient pas adaptées au monde associatif. « Il a fallu rappeler qu’il y a 180 000 associations employeuses en France, que les associations contribuent à l’économie et qu’au même titre que les autres, elles pouvaient bénéficier des aides », se rappelle Claire Thoury. Avec 1,8 millions d’emplois, le secteur associatif représente près de 10 % des emplois du secteur privé en France.

D’autres mesures ont été prises pour soutenir les associations. Parmi elles, la circulaire du 6 mai 2020 a sécurisé l’accès aux subventions, tout en assouplissant les conditions de réalisation des projets subventionnés (délais supplémentaires, possibilité de réallouer les budgets). Le Plan France Active a consacré 45 millions d’euros d’aides à la trésorerie sous forme de prêt à taux zéro, tandis que 2 000 postes appelés FONJEP ont été créés pour permettre au secteur de recruter.

Il n’existe pas encore de données chiffrées concernant le nombre de dissolutions d’associations imputables à la crise, et on estime à 1 % le pourcentage de perte d’emplois dans le secteur associatif en 2020. Mais pour beaucoup d’associations, la poursuite des activités repose sur le retour des adhérents. Au-delà de leur santé financière, il s’agit de retrouver « le sens de leur action, la dimension collective et la défense de l’intérêt général », d’après la présidente du Mouvement Associatif.

Les associations souffrent toujours d’un manque de reconnaissance

Si ces différentes mesures ont permis aux associations de respirer financièrement durant la crise, celles-ci estiment cependant souffrir d’un déficit de reconnaissance. « Dans une situation extraordinaire, les associations ont fait des choses extraordinaires. Souvent à bas bruit, et comme si cela était naturel », précise Hubert Pénicaud, référent « vie associative » à France Bénévolat.

Dans les faits, les associations ont souvent été en première ligne : aide alimentaire d’urgence, visites à domicile, accueil des enfants, maraudes… « Cet engagement n’a pas été beaucoup reconnu, et c’est une difficulté pour les associations. »

Ce manque de reconnaissance vient aussi d’une forme de méconnaissance du monde associatif. « On ne s’en rend pas forcément compte, mais les associations sont partout, remarque Claire Thoury, présidente du mouvement Associatif. Les clubs sportifs, les établissements d’enseignement culturel, la moitié des crèches, trois quarts des EHPAD sont des structures associatives », et même jusqu’à 10 % des hôpitaux, certains théâtres, des écoles… « C’est un secteur extrêmement varié, aux contraintes très différentes, et pour lequel on ne peut pas généraliser », ajoute-t-elle.

La question du renouvellement et de la transmission, un enjeu majeur pour les associations

La crise du coronavirus a eu de fortes conséquences pour l’engagement des seniors, considérés comme à risque. Or, leur place dans l’écosystème associatif, à la fois parmi les « petites mains » et parmi les dirigeants, est particulièrement importante*. « Les premières consignes reçues ont été de demander aux populations de 70 ans et plus de se mettre en retrait », témoigne Claude Bougère, responsable du pôle bénévolat des Restos du Cœur. Privées d’une part importante de leurs forces vives, les associations ont cependant rapidement vu affluer des renforts. « Il y a eu une démultiplication des élans solidaires », précise-t-elle.

Pour Hubert Pénicaud de France Bénévolat, « le renouvellement qui, en temps normal, se faisait au fil de l’eau a eu lieu ici de manière extrêmement rapide. Le vide laissé par les seniors a créé un appel d’air, et de nouveaux sont arrivés. » Selon Claude Bougère, l’enjeu du renouvellement est aussi celui de la transmission. « On a besoin de nos « historiques » pour qu’ils transmettent aux nouveaux les schémas de fonctionnement, les valeurs. »

Pour faire place à ces arrivants, mais également créer des conditions propices à la venue de nouveaux adhérents, les associations sont dans l’obligation d’évoluer. « Elles prennent conscience que c’est à elles d’adapter leurs missions, leurs horaires, leur mode de fonctionnement », explique Hubert Pénicaud. Une souplesse bénéfique pour faire bouger les associations et élargir leurs activités.

Une capacité à se réinventer défendue par la présidente du Mouvement Associatif, Claire Thoury. « C’est un monde qui doit rester extrêmement agile. C’est la grande force du mouvement associatif. »

* En 2017, 41 % des présidents d’association étaient âgés de 65 ans et plus.

  • Solal Duchene
  • Crédit photo : Getty Image

Aucun commentaire pour cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.