Des lycéens mobilisés contre le harcèlement scolaire

Lancé en 2015, le dispositif des « ambassadeurs lycéens » destiné à combattre le harcèlement scolaire s'est généralisé dans tous les lycées et s'étend maintenant aux collèges. Dans l’académie pilote Orléans-Tours, où il existe depuis cinq ans, les élèves s’en sont déjà emparés avec énergie et conviction.

Des lycéens mobilisés contre le harcèlement scolaire

Les expériences de terrain en attestent : la prévention du harcèlement scolaire n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle s’appuie sur tous les « acteurs » du monde scolaire. Y compris (et peut-être surtout) sur les élèves eux-mêmes ! C’est ce constat qui a mené le ministère de l’Éducation nationale*, dirigée à l’époque par Vincent Peillon, à imaginer – et expérimenter pour la première fois durant l’année 2013/2014 – le dispositif des ambassadeurs lycéens en lutte contre le harcèlement scolaire.

Concrètement : il s’agit d’élèves volontaires (pas uniquement des élus lycéens ou des délégués de classe) qui ont pour mission de sensibiliser des écoliers et collégiens à la problématique du harcèlement scolaire. Le tout avec le soutien d’un adulte de l’établissement, formé lui aussi, et susceptible de les aider dans le montage de leur projet.

Dans l’académie pilote Orléans-Tours, qui a été l’une des premières à tester le dispositif, le concept séduit. « Les jeunes sont très investis, confirme Sylvain Disson, délégué académique à la vie lycéenne de l’académie Orléans-Tours. D’année en année, il y a de plus en plus de demandes, à tel point que nous sommes obligés de limiter à dix le nombre d’ambassadeurs par établissement et par session de formation. »

 

Des élèves formés

Avant de se lancer « sur le terrain », les ambassadeurs suivent une journée de formation, histoire d’être armés pour faire mouche auprès de leur jeune auditoire. Parmi les objectifs : savoir définir et repérer le harcèlement scolaire et le cyber-harcèlement, en connaître les conséquences, connaître l’ensemble des interlocuteurs à disposition des élèves (par exemple, le site www.nonauharcelement.education.gouv.fr ou le numéro vert 3020…) et enfin, commencer à définir un projet de sensibilisation à destination de leurs camarades.

« C’est une expérience très enrichissante pour ces élèves volontaires car ils expérimentent toutes les étapes du montage d’un projet, indique Sylvain Disson. Prise de contacts, préparation d’un diaporama et d’une argumentation concrète, prise de parole en public… ». S’ils le souhaitent, les ambassadeurs peuvent également être identifiés comme élèves « relais » au sein de leur propre établissement et signaler, le cas échéant, des situations de harcèlement.

 

Aider les victimes à parler

Un investissement payant, au regard des retours de terrain. « Bien souvent, les victimes de harcèlement ne savent pas qu’elles sont victimes. Elles ne comprennent pas ce qui leur arrive, précise Sylvain Disson. Les ambassadeurs mettent des mots très concrets sur des situations vécues et rappellent aussi ce que dit la loi. Tout cela permet à un certain nombre d’enfants et d’adolescents de comprendre que ce qu’ils vivent n’est pas « normal ». Par ailleurs, le fait que ce soit des jeunes qui s’adressent à d’autres jeunes est un élément facilitant, le message passe plus facilement. »

Même chose chez les témoins qui jouent un rôle crucial dans le harcèlement entre élèves. « Les ambassadeurs sont là pour leur dire : ne vous taisez plus ! Car lorsque vous vous taisez, vous êtes complices de ce qui se passe. Au contraire, si vous parlez, vous devenez défenseurs. »

* Le ministre de l’Éducation nationale a créé, en novembre 2012, une délégation ministérielle en charge de la lutte et de la prévention des violences en milieu scolaire composée de 10 personnes et dirigée par Éric Debarbieux. C’est elle qui est à l’origine du dispositif des « ambassadeurs lycéens ».

 

Les ambassadeurs témoignent…

« En tant qu’ambassadrice, je me sens utile »

Maud, 17 ans, ambassadrice depuis trois ans à Saint-Aignan-sur-Cher (Loir-et-Cher).

« Quand j’étais collégienne, j’ai été victime de harcèlement. Comme je ne savais pas comment m’en sortir, je suis devenue violente vis-à-vis de mes harceleurs. Des adultes de l’établissement – le conseiller principal d’éducation et les surveillants – m’ont dit que la violence n’était pas la solution, qu’il fallait garder son calme et s’appuyer sur les adultes : ils sont alors intervenus pour que le harcèlement s’arrête. Ça n’a pas tout réglé mais les agressions ont diminué et j’ai commencé à avoir plus d’amis.

Aussi, lorsque j’ai pu m’engager pour lutter contre le harcèlement, je n’ai pas hésité. Maintenant, je sais comment réagir et je l’explique à ceux qui pourraient être victimes. Je participe à des visites dans les collèges et les lycées pour sensibiliser les jeunes. Ça m’apporte beaucoup parce que je me sens utile. J’aime bien aider les autres, les protéger comme on m’a protégée. »

 

« Il y a beaucoup d’idées reçues autour du harcèlement »

Maëva, 17 ans, ambassadrice depuis un an à Bourges (Cher)

« Quand on parle du harcèlement avec nos camarades, on s’aperçoit qu’il y a encore beaucoup d’idées reçues. L’idée, notamment, que les élèves harcelés le cherchent un peu, et donc le méritent. Par exemple, si une fille se fait insulter parce qu’elle a des formes ou qu’elle porte une jupe « trop » courte, certains sont tentés de dire que c’est normal, qu’elle se fait agresser parce qu’elle se donne en spectacle.

Notre rôle, en tant qu’ambassadeur, c’est d’expliquer que personne ne mérite de se faire harceler et qu’il faut lutter contre toutes les formes de violence. Même chose sur Internet : personnellement, j’essaye de sensibiliser mes copines pour qu’elles fassent attention, qu’elles ne postent pas n’importe quelle photo d’elles ou qu’elles ne racontent pas des choses trop personnelles. »

  • Émilie Gilmer
  • Crédit photo : Stígur Már Karlsson / Heimsmyndir / Getty

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