Jean-Michel Cohen : « Pour une alimentation saine, il faut un équilibre harmonieux entre les différents aliments »

Poids de santé, aliments à privilégier, régimes… Le nutritionniste Jean-Michel Cohen aborde de nombreux thèmes pour expliquer comment ce que nous consommons peut faire du bien à notre corps.

Jean-Michel Cohen

Dans Nourrir sa santé (1), le nutritionniste Jean-Michel Cohen explique quels aliments privilégier pour protéger les cinq grands systèmes qui régissent notre corps : l’immunité, le microbiote, les cellules souches, le système vasculaire, l’intégrité du code génétique. Il revient pour nous sur ce qui a motivé l’écriture de ce livre, mais aussi sur la question du jeûne et des régimes.

Après avoir publié de nombreux livres sur les régimes, vous venez de sortir Nourrir sa santé (1). Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce livre ?

Jean-Michel Cohen : J’explique la plupart du temps, quand je donne des régimes, que je ne fais pas seulement maigrir les gens, mais que je suis obligé de les faire maigrir en bonne santé. Et très fréquemment, au cours des régimes ou dans les lives que je fais ou sur le site Internet, je suis obligé de revenir là-dessus en disant « certes, vous devez observer un programme parce que vous avez envie de maigrir, mais en plus, le suivre est une façon de vous maintenir en bonne santé ». Et je me suis dit qu’au fond, il fallait que je détaille quels types d’aliments favorisaient cette bonne santé. Et que les ouvrages qui étaient parus jusqu’à présent sur le sujet avaient souvent une connotation magique : les aliments anticancer, vivez plus vieux en mangeant comme ci ou comme ça… Ce qui n’est pas tout à fait exact. En fait, les aliments ont un pouvoir pour faire que nous maintenions notre santé en bon état, mais ils n’ont pas le pouvoir de traiter le cancer.

Dans ce livre, vous avez choisi de classer les aliments en fonction de leur impact sur le corps…

J.-M.C. : J’ai distingué cinq grands systèmes [l’immunité, le microbiote, les cellules souches, le système vasculaire, l’intégrité du code génétique, NDLR] qui définissent notre espérance de vie. Et je dis comment on peut agir sur eux.

Vous préconisez de protéger plutôt telle ou telle partie en fonction de chacun ?

J.-M.C. : En quelque sorte, oui. C’est-à-dire pour certaines maladies, vous devez renforcer votre microbiote, pour d’autres, votre équilibre vasculaire, pour d’autres encore, il faut essayer de garder vos cellules souches en bon état. Donc effectivement, chaque maladie relève d’un de ces cinq systèmes. Et une personne en bonne santé doit piocher dans les cinq systèmes.

« Plus on mange diversifié, mieux c’est »

Auriez-vous un conseil général pour avoir une alimentation saine ?

J.-M.C. : Oui. Il faut qu’il y ait un équilibre harmonieux entre les différents aliments. Il faudrait respecter tous les jours différentes familles d’aliments. Tout en variant régulièrement à l’intérieur de chaque groupe. Par exemple, je peux conseiller les fruits et les légumes, mais les gens ne varient pas autant qu’ils le devraient. Chaque fruit, chaque légume, chaque bout de viande apporte un nutriment. Donc plus on mange diversifié dans une semaine, et mieux c’est. C’est un peu le reproche qu’on fait à ce que l’on appelle la malbouffe. Manger un burger ne va pas vous tuer. Mais manger en permanence des burgers vous coupe de la relation avec des tas d’autres mets. J’ai cité plein d’aliments dans le livre qui sont des aliments phares. Quand vous parlez du microbiote, vous évoquez tout de suite les produits fermentés. Quand vous parlez de l’immunité, vous pensez aux champignons, mais aussi à la tomate. Quand vous parlez du système vasculaire, vous essayez de privilégier les omégas-3. Quand on veut protéger ses cellules souches, c’est intéressant de manger du cacao.

Est-ce qu’il y a certains aliments que vous conseilleriez de consommer tous les jours et d’autres que vous conseilleriez de bannir totalement ?

J.-M.C. : Les aliments que je conseille de consommer tous les jours sont le café ou le thé (ça protège le génome) et la tomate cuite dans un petit peu d’huile d’olive. Je conseille de manger quasiment tous les jours des crucifères. Là, comme leur variété est très grande, on peut changer sans arrêt : chou, chou-fleur, choux de Bruxelles, brocolis… Je conseille aussi les fruits à noyau, comme les abricots (frais en saison, secs hors saison). Et les yaourts, à cause des produits fermentés qu’ils contiennent. Il y a aussi la pomme, qui est un super produit : elle peut être mangée crue ou cuite car la pectine n’est pas détruite par la cuisson.

Je recommande de bannir la plupart des graisses saturées. En particulier les charcuteries et les produits transformés, qui en contiennent énormément. Et les sucres, notamment ceux présents dans les produits transformés. C’est-à-dire que je ne vois pas d’inconvénient à prendre de temps en temps un carré de sucre dans un café, mais j’en vois à grignoter en permanence des biscuits au bureau. Je peux rajouter le sel, qui est vraiment un ennemi. Quand vous faites le bilan, il ne favorise pas seulement l’hypertension artérielle. Il pose un problème particulièrement aujourd’hui, parce qu’il a le pouvoir d’éroder les muqueuses. C’est-à-dire d’inflammer les muqueuses de l’estomac et de l’intestin. On pense qu’aujourd’hui 30 % des cancers sont d’origine environnementale, et donc en érodant les muqueuses, le sel facilite le passage des substances environnementales dans le sang.

« Je ne suis pas pour les régimes au long terme restrictifs »

La recherche de la minceur est-elle un facteur de bonne santé ?

J.-M.C. : Chaque fois qu’on a parlé du régime crétois ou du régime d’Okinawa, on a souligné l’importance de la consommation des aliments, mais on n’a jamais souligné le fait que dans la plupart de ces populations, il y avait une paupérisation calorique. Dans le régime crétois, les hommes consomment 1800 calories par jour, soit 600 calories de moins qu’un homme occidental de taille moyenne, d’activité moyenne et d’âge moyen. Etre au régime permet probablement d’allonger son espérance de vie.

Quelles limites faut-il poser ?

J.-M.C. : Je dirais que le régime ou la minceur, c’est vraiment une question d’accompagnement. Et je pense qu’on peut utiliser même des techniques brutales de régime, mais il faut savoir les doser dans le temps. C’est-à-dire que je ne suis pas pour des régimes au long terme restrictifs. Mais en moyenne, un régime devrait toujours être au-dessus de 1200 calories par jour. C’est la moyenne sur laquelle il n’y a pas de risque. Rien n’empêche les gens de faire des séquences plus rapides de quelques jours, mais en moyenne, il faut rester le plus possible au-dessus de 1200 calories. C’est là que l’on apporte tous les nutriments au corps. Dans le monde occidental, ça a été testé : au-dessus de 1200 calories, il n’y a pas de carences.

(1) Nourrir sa santé. Comment orienter son alimentation pour une bonne et longue vie, First éditions, 224 p., 19,95 €.

  • Crédit photo : Fred Goudon, First éditions
Auteur article
Charlotte de L’escale

rédactrice en chef adjointe d'Essentiel Santé Magazine, spécialisée en santé et société.

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