Prostate, testicule… : mieux connaître les cancers masculins

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Movember met en lumière, chaque mois de novembre, les cancers masculins qui souffrent d'un manque de sensibilisation et d'information. Facteurs de risque, signes à surveiller, traitements : on fait le point sur les cancers de la prostate, du testicule, de la verge, de l'anus et du sein

cancers masculins

Le cancer de la prostate

Qui est touché par le cancer de la prostate ?

En France, c’est le cancer le plus répandu chez les hommes : il représente 25 % des cancers masculins. « On estime qu’un homme sur huit développera un cancer de la prostate », détaille le Dr Pernelle Lavaud, oncologue à Gustave-Roussy, premier centre européen de lutte contre le cancer.

Quels sont les facteurs de risque du cancer de la prostate ?

  • L’âge : ce cancer est plus fréquent à partir de 65 ans, avec un âge moyen se situant aux alentours de 75 ans.
  • Les antécédents familiaux. « Certains gènes présentant des mutations peuvent favoriser la survenue de cancers, comme celui de la prostate. Il existe par exemple des gènes qui, mutés, favorisent les cancers du sein et de l’ovaire chez la femme et celui de la prostate chez l’homme », explique Pernelle Lavaud. Au diagnostic de cancer de la prostate, l’oncologue peut demander une analyse génétique au patient et, en cas d’analyse positive, proposer à ses proches d’en faire une s’ils souhaitent savoir s’ils sont porteurs de la même mutation.
  • L’origine ethnique. L’incidence du cancer de la prostate varie d’une population à l’autre. Il est par exemple plus fréquent chez les populations afro-américaines, tandis que les populations asiatiques ont un plus faible risque. « Il est probable que des facteurs environnementaux soient en cause comme pour la population antillaise qui a été exposée au chlordécone, une substance chimique cancérogène », souligne Pernelle Lavaud.

Quels sont les signes du cancer de la prostate ?

Des difficultés urinaires (envies plus fréquentes, blocage à la miction, sang dans les urines) sont des signes qui doivent inciter à consulter. En gardant bien en tête que « dans la majorité des cas, ces symptômes ne sont pas inquiétants, car ce sont les mêmes que ceux de l’hypertrophie bénigne de la prostate, normale avec l’âge », explique Pernelle Lavaud.

Ce cancer peut aussi être asymptomatique.

Quels examens pour dépister le cancer de la prostate ?

Le médecin généraliste ou l’urologue font une simple prise de sang pour obtenir un dosage de PSA, une protéine produite par la prostate, présente normalement en faible quantité dans le sang. Le toucher rectal permet de vérifier si la prostate est souple (bénin) ou si elle présente un nodule dur (suspicion de cancer). Dans ce cas, des examens complémentaires – échographie, IRM et biopsie – seront pratiqués pour préciser le diagnostic.

Christophe, 62 ans, a été diagnostiqué à 58 ans. « J’ai d’abord ressenti des difficultés urinaires et des douleurs osseuses au bassin. Au départ, on n’en trouvait pas la raison parce que mon taux de PSA était dans la norme. Un scanner a permis de préciser le diagnostic : j’avais un cancer de la prostate d’emblée métastatique. Cela ne représente que 10 % des cas. 90 % ne créent pas de métastases… »

Quels traitements contre un cancer de la prostate localisé ?

« Les médecins s’appuient sur le taux de PSA et sur un calcul que l’on appelle le score de Gleason qui prend en compte l’agressivité des cellules tumorales prélevées en biopsie pour adapter le traitement à chaque cas », explique le Dr Pernelle Lavaud. Si ce score est peu élevé, il est possible de maintenir une simple surveillance. Car certains cancers de la prostate n’évoluent pas ou peu.

La chirurgie peut être proposée. Il s’agit d’une ablation de la prostate. « C’est une intervention effectuée aujourd’hui par robot : très précise avec peu de cicatrices et beaucoup moins d’effets secondaires », précise le Dr Pernelle Lavaud.

La radiothérapie de la prostate et des ganglions peut être également proposée.

L’hormonothérapie est souvent associée à la radiothérapie, sous forme d’injections pendant six mois à trois ans. « On parle de « castration androgénique » car elle vise l’arrêt de production de la testostérone par le corps du patient, hormone qui nourrit les cellules tumorales », décrypte l’oncologue.

Quelles conséquences sur la sexualité ?

« Il faut insister sur un point, martèle Christophe : l’opération de la prostate n’empêche pas de retrouver une vie intime satisfaisante, notamment en ce qui concerne la fonction érectile. Le tabou autour de la virilité est encore trop présent. »

L’hormonothérapie a des effets secondaires plus gênants : prise de poids, troubles érectiles et de la libido. « C’est le plus compliqué à vivre chez les hommes », déplore Pernelle Lavaud.

Quelles chances de guérison avec un cancer de la prostate ?

Un patient, si son cancer est diagnostiqué quand il est encore localisé, a plus de 90 % de chances de survie.

Le cancer du testicule

Qui est touché ?

Ce cancer est peu fréquent : un peu plus de 2000 nouveaux cas, en France chaque année. Il touche particulièrement les hommes entre 15 et 40 ans.

Julien, 26 ans, se souvient avoir été réveillé il y a deux ans par une douleur localisée. « Je suis allé consulter dès le lendemain. Une échographie a révélé que c’était un cancer. Ça a été la douche froide pour moi, grand gaillard sportif et jamais malade. Heureusement, mon médecin m’a bien précisé que, dans mon malheur, cela reste un des cancers les mieux soignés. »

Quels sont les signes d’un cancer du testicule ?

Tout changement d’apparence ou de volume du testicule, même sans douleur, doit alerter et amener à consulter. Il se peut que ce soit bénin, annonce Pernelle Lavaud, oncologue à Gustave-Roussy. Mais il est dommage de perdre un temps précieux en cas de cancer, comme avec « des patients qu’il nous arrive de voir, dont le testicule a changé de volume depuis un an ! ».

Julien a adopté un slogan humoristique pour souligner l’importance de l’autopalpation : « Le huit, on dézippe » ! Une fois par mois, on prend le testicule entre le pouce et les deux doigts et on le fait rouler pour vérifier s’il n’y a pas de petite grosseur. »

Quel traitement pour le cancer du testicule ?

La chirurgie est le premier traitement dans la grande majorité des cas. On pratique l’ablation du testicule, appelée orchidectomie. C’est ce qui est arrivé à Julien. « J’avais beaucoup d’appréhension mais l’urologue m’a aidé à dédramatiser. On pose ensuite une prothèse, donc cela ne se voit pas. L’intervention cicatrise en 3-4 jours. J’ai juste posé une semaine d’absence au travail et personne n’en a rien su. »

La chimiothérapie, la radiothérapie après ou avant la chirurgie peuvent être nécessaires.

Quelles conséquences sur la vie sexuelle ?

L’ablation d’un testicule n’a pas de conséquence sur la vie sexuelle ou sur la possibilité d’avoir des enfants.

Quelles chances de guérison pour le cancer du testicule ?

« Pris à temps, qu’il soit localisé ou métastatique, le taux de survie est très important pour ce cancer », souligne Pernelle Lavaud. Il est de plus de 90 % à dix ans.

Les cancers de la verge et de l’anus

Ces deux cancers sont très rares (moins de 1 % des tumeurs chez l’homme). Néanmoins, « il est important d’en parler car ils sont très liés à l’infection au papillomavirus (HPV) comme les cancers du col de l’utérus chez la femme. Ils peuvent donc être évitables », souligne le Dr Pernelle Lavaud. On retrouve une infection à HPV dans 90 % des cancers de l’anus et 50 % de ceux de la verge.

L’oncologue insiste sur la possibilité, aujourd’hui prise en charge par l’Assurance maladie, de faire vacciner les jeunes garçons contre le HPV sexuellement transmissible. « Si on les compare à la lourdeur des traitements chirurgicaux pour ces deux cancers, le vaccin et la prévention des infections sexuellement transmissibles sont une priorité », insiste-t-elle.

Le cancer du sein

Bien que rare, le cancer du sein peut également toucher les hommes. (un homme sur 1000, contre une femme sur 8). Tout changement soudain dans l’apparence du sein, ou au toucher, doit mener à consulter.

Le cancer du sein se soigne très bien chez les hommes, principalement par chirurgie (mastectomie) et hormonothérapie. Néanmoins, il est trop peu connu et pas dépisté aussi tôt qu’il pourrait l’être. Bien traité, les chances de survie à 5 ans sont de 85 à 90 %.

Pour aller plus loin :

Cerhom  : Cette association regroupe des spécialistes des cancers masculins, d’anciens patients et propose, outre de l’information, des espaces d’échange et des lignes téléphoniques dédiées.

Movember : Site en français de la communauté mondiale qui se mobilise, chaque mois de novembre, pour sensibiliser et informer sur la prévention des cancers de la prostate et des testicules.

  • Pauline Hervé
  • Crédit photo : Getty Images

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