Emploi des personnes handicapées : Marion et Olivier, épanouis dans leur métier

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La Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées se déroule du 15 au 21 novembre 2021. Le thème principal de cette 25e édition porte sur l’insertion professionnelle des plus jeunes. Un parcours semé d’embûches mais aussi de satisfaction comme le racontent Marion Rambaud et Olivier Prêtre, clerc de notaire et directeur d’agence de communication, tous deux en situation de handicap.

Emploi des personnes handicapées : Marion et Olivier, épanouis dans leur métier

Marion Rambaud se prépare à rejoindre l’étude notariale du 12e arrondissement de Marseille où elle officie depuis trois ans comme clerc de notaire. Un véhicule de Mobimétropole, service de transport public pour personnes à mobilité réduite, va l’acheminer jusqu’à son lieu de travail.

La jeune femme de 25 ans ne conduit pas. Elle se déplace en fauteuil roulant. « Je n’ai jamais marché du fait de mon handicap congénital lié aux lésions cérébrales de ma naissance prématurée. » Marion s’estime pourtant chanceuse. Elle a été embauchée non loin de son domicile et évolue au sein d’une équipe bienveillante avec qui toutes les questions sur le handicap sont abordées. Sans tabou. Et Marion est logée à la même enseigne que les autres. « On me considère comme un salarié à part entière et non comme un salarié handicapé. »

Portrait salarié handicapé Marion
« On me considère comme un salarié à part entière et non comme un salarié handicapé », estime Marion Rambaud, clerc de notaire à Marseille. Crédit photo : DR.

Des équipements et des bâtiments non adaptés au handicap

Toutefois, rien n’a été simple. Tout au long de son parcours scolaire, effectué en milieu ordinaire, Marion a été confrontée au fait qu’elle est une personne en situation de handicap. Équipements et bâtiments non adaptés à son fauteuil, auxiliaires de vie scolaire qui parfois manquent à l’appel, murs d’incompréhension…

« Par moments, le stress face à une organisation aléatoire, la peur de ne pas pouvoir accéder à une salle ou de bénéficier d’un encadrement m’ont fait douter et ont agi sur mon état de fatigue déjà fragilisé ».

Marion n’a jamais lâché prise, dotée d’un mental de battante et d’un optimisme à toutes épreuves. Elle a toujours vu le verre à moitié plein. Préfère évoquer l’entraide, le soutien des équipes encadrantes et des élèves à l’école et en stage, la satisfaction de gravir une à une les marches de l’accès à l’emploi. « Je pratique la natation avec Handisport et ça m’aide beaucoup », dit modestement celle qui évolue en championnat de France.

Une fois sa licence pro en poche, elle démarche les études notariales mais sait déjà qu’il va falloir faire une croix sur la plupart d’entre elles. « Celles situées au centre du Marseille sont dans des vieux immeubles inaccessibles pour les personnes à mobilité réduites. » Marion table sur des entreprises hébergées dans des locaux plus récents. Et sur les villes proches de Marseille pour se donner plus de chance.

La crainte de mentionner dans son CV son handicap

Trouver une entreprise qui lui fasse confiance prend du temps. D’autant plus que la jeune femme indique sur son CV et dans sa lettre de motivation qu’elle est en situation de handicap. « Ce n’est pas évident de le dire de crainte d’être rejetée. Mais j’ai préféré annoncer la couleur. » Elle passe deux entretiens. Est retenue après le second. « On m’a vue avec mes qualités professionnelles et ce que je pouvais amener à l’étude. »

Marion s’épanouit dans ses fonctions. « Faire partie d’une équipe, des projets de l’entreprise, c’est tellement valorisant. Quand on arrive à trouver sa place après les galères, on se dit que l’on a bien fait de persister. » Olivier Prêtre, 52 ans aujourd’hui, fait le même constat. Il est en première année d’école de commerce à Paris lorsque sa vue commence à décliner. Quand le diagnostic de la maladie de Leber, atrophie bilatérale des cellules centrales du nerf optique, tombe, il vient de passer ses examens.

« Le ciel vous tombe sur la tête. Du jour au lendemain, à 21 ans, vous êtes mal-voyant. Comment l’expliquer à son entourage, à son école ? ». Sa famille très soudée l’entoure. Son tempérament de fonceur et de sportif lui donne le courage de relever la tête. « La direction de l’établissement privé où j’étudiais s’est mobilisée. J’ai pu terminer mon cursus dans de bonnes conditions. »

Portrait salarié handicapé Olivier
Après avoir été salarié pendant plusieurs années, Olivier Prêtre a fondé sa propre agence de communication. Crédit photo : DR.

Certains handicaps peuvent être plus pénalisants pour trouver un emploi

Diplômé en ressources humaines, avec en prime un mémoire de fin d’études mené sur l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap, Olivier affronte le monde du travail. Au culot. Il sait qu’il n’a rien à perdre. Il se présente à des postes de commercial pour voir ce qu’il vaut et « ne faire prendre aucun risque à l’employeur » qui rémunère à la commission.

Sa détermination paye. Il est recruté par une agence publicitaire. « Mon handicap visuel ne m’empêchait pas de vendre des encarts. » Il fait ses preuves et rentre par la suite dans un autre groupe avant de fonder sa propre agence spécialisée dans la communication, Dialogues et Solutions. « C’était difficile au début. » Sa ténacité et son énergie lui ont permis d’outrepasser les barrières posées par le handicap.

Aujourd’hui, Olivier dirige la même agence, qui emploie 15 personnes, et un cabinet de recrutement. Il n’hésite pas à conseiller aux jeunes gens en situation de handicap qui débutent dans la vie professionnelle de « se donner le droit de tout tenter comme n’importe quelle autre personne ». Tout en reconnaissant que ce sera toujours « plus compliqué » et que chaque handicap a sa particularité. Certains peuvent être plus pénalisants : « Un handicap psychique, par exemple, fera plus peur à un employeur ».

Un monde du travail mieux adapté au handicap

Olivier Prêtre estime que le monde de l’emploi a toutefois évolué face au handicap. « À mon époque, il y avait peu de personnes handicapées qualifiées. 80 % n’avaient pas le niveau bac. » Grâce à l’informatique, aux produits innovants, il est possible de mieux s’adapter aux cadres d’un travail, d’être plus rapidement opérationnel. « Quand j’ai commencé à bosser, il y avait peu d’ordinateurs, de téléphones perfectionnés. Je devais retenir par cœur les numéros d’une centaine de clients. »

Le dirigeant d’entreprise insiste sur la motivation et la croyance qu’il faut mettre en soi. « Quand on est déterminé et volontaire, il y a peu de chance que l’on soit mal reçu. De nos jours, on n’est plus seuls. On est entouré par le milieu associatif, entre autres. Et les mentalités ont changé dans les entreprises ».

  • Patricia Guipponi
  • Crédit photo : Crédit photo : DR

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