Essentiel Santé Magazine

Coronavirus : comment peuvent réagir les chefs d’entreprise ?

Face à la crise sanitaire provoquée par l’épidémie de coronavirus, la puissance publique cherche à limiter au maximum la casse économique. C’est pourquoi un arsenal de mesures a été mis en place. Encore faut-il faire les bons choix et agir vite pour les mettre en œuvre. Décryptage.

Coronavirus : comment peuvent réagir les chefs d’entreprise ?

C’est une crise sans précédent. Une période inédite pour l’ensemble de la société et singulièrement pour les entreprises françaises largement impactées. Mais de l’avis des acteurs économiques, les mesures d’urgence prises par le gouvernement sont de nature à limiter la violence du choc. Bruno Le Maire a notamment annoncé une aide de 45 milliards d’euros pour les entreprises et les salariés.

« Ces aides représentent une bouffée d’oxygène pour les entreprises face à l’incertitude des semaines et des mois à venir, remarque Michel Caillet, juge au tribunal de commerce de La Roche-sur-Yon et membre de l’association APESA (Aide psychologique pour les entrepreneurs en souffrance aiguë). Mais ce qui compte aujourd’hui est de pouvoir y accéder le plus simplement et le plus rapidement possible. »

Réorganisation du travail, chômage partiel, report de charges, maintien de la trésorerie, santé des dirigeants… On fait le point sur les démarches incontournables.

Préserver le capital santé des équipes

Bien sûr, l’urgence sanitaire, via la mise en œuvre des mesures de distanciation sociale, est une priorité. Il n’en reste pas moins que dans un certain nombre de secteurs (l’industrie notamment), l’activité économique peut se poursuivre.

« Il ne faut pas mal interpréter le message « Restez chez vous ». Il ne signifie pas dire stop à l’activité économique, précise Jean-Philippe Beaux, commissaire aux restructurations et à la prévention des difficultés des entreprises au sein de la DIRECCTE* des Pays-de-la-Loire. En effet, la priorité est à donner au télétravail. Et, si les missions ne sont pas « télétravaillables », la deuxième priorité est de réorganiser le travail sur le site de l’entreprise en y intégrant les préconisations sanitaires pour protéger les équipes. »

Le conseil clé :

Privilégier le dialogue social pour adapter les processus. « Il peut être judicieux de s’arrêter quelques jours pour le faire, remarque Jean-Philippe Beaux. C’est-à-dire prendre le temps d’une réflexion menée avec les représentants du personnel et les organisations syndicales afin d’aménager les conditions de travail. »

* Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi.

Activer le chômage partiel

Pour autant, lorsque le travail n’est pas aménageable, le choix du chômage partiel (aussi appelé chômage technique) est intéressant car il permet d’éviter les licenciements et ainsi de préserver les compétences. Pour rappel, toutes les entreprises dont l’activité est réduite du fait du coronavirus et notamment celles qui font l’objet d’une obligation de fermeture (restaurants, cafés, magasins) sont éligibles au dispositif. La demande s’effectue en ligne sur un site dédié.

Les entreprises disposent d’un délai de 30 jours après la date de démarrage de l’activité partielle pour déposer leur demande et bénéficient d’un effet rétroactif. À noter : l’indemnité versée par l’employeur aux salariés concernés est de 70 % minimum de sa rémunération brute, mais qu’un remboursement intégral sera pris en charge par l’État (dans la limite de 4,5 SMIC).

Le conseil clé :

Se tourner vers son expert-comptable. « Il est aujourd’hui un interlocuteur prioritaire pour les chefs d’entreprise, remarque Michel Caillet. Car il est en première ligne pour effectuer toutes les démarches administratives nécessaires. Mon conseil est également de se tourner vers les branches professionnelles et les chambres consulaires (Chambres de commerce et d’industrie, chambres des métiers), qui sont à mêmes d’épauler les entreprises dans cette période difficile. »

Demander le report des charges sociales et fiscales

Pour les échéances fiscales (impôt sur les sociétés, taxe sur les salaires), il est possible de demander au Service des impôts des entreprises (SIE) le report du règlement de ses prochaines échéances. « Cela concerne les impôts directs uniquement, précise Guillaume Ferron, expert-comptable auprès d’Adecia au sein du bureau d’Angers. En ce qui concerne la TVA, les entreprises qui ont des difficultés de trésorerie avérées peuvent toutefois obtenir un report de paiement. »

Par ailleurs, si les échéances fiscales de mars ont été réglées, il reste encore une solution. « Il est possible de s’opposer au prélèvement SEPA auprès de sa banque ou, si c’est trop tard, de demander le remboursement auprès du service des impôts. » Idem pour les cotisations salariales et patronales, qui peuvent être reportées jusqu’à trois mois (plus d’informations sur le site de l’Urssaf).

Le conseil clé :

Contacter le Service des impôts des entreprises. À noter que la DGFiP (la direction des finances publiques) met à disposition des entreprises un modèle de demande à adresser à leur service des impôts.

Maintenir ou renforcer sa trésorerie

Comme l’a annoncé Bruno Le Maire, « tous les nouveaux prêts bancaires seront garantis par l’État à hauteur de 300 milliards d’euros. » Une mesure qui a vocation à garantir le maintien de la trésorerie pour les entreprises. « Concrètement, BpiFrance apporte à votre banque une garantie de 90 % si elle vous fait un prêt de 3 à 7 ans », explique Guillaume Ferron.

Pour obtenir du cash directement, Bpifrance propose également des prêts sans garantie sur 3 à 5 ans de 10 000 à 10 millions d’euros pour les PME, et de plusieurs millions d’euros pour les Entreprises de taille intermédiaire (ETI), avec un différé important de remboursement.

Le conseil clé :

Appeler l’ensemble de ses créanciers. Pour les crédits bancaires déjà en cours, un plan d’étalement de créances peut être trouvé avec l’appui de la Banque de France. De même pour le report du paiement des loyers, factures d’eau, de gaz et d’électricité pour les plus petites entreprises en difficulté.

Protéger la santé psychique des dirigeants

« Leur moral va être mis ici à rude épreuve car il y a une vraie incertitude sur l’avenir, remarque Michel Caillet. Mon conseil est de se tourner vers les différents réseaux de chefs d’entreprise qu’ils ont l’habitude de fréquenter (les organisations patronales par exemple) afin de partager leurs préoccupations et de faire en sorte que l’entraide fonctionne à plein. Un deuxième conseil est d’essayer de se projeter, autant que faire se peut, dans « l’après », en commençant à imaginer des solutions, des issues possibles aux difficultés que leur entreprise traverse. »

Il s’agit également de veiller, si cela est possible, à prendre de la distance avec les événements en profitant de ses proches ou en s’adonnant à ses passions. Le moyen de s’oxygéner l’esprit et de récupérer sur un plan psychique.

Le conseil clé :

Demander de l’aide si la détresse est trop grande. Il existe différentes associations qui ont vocation à prendre en charge la souffrance psychologique des dirigeants. C’est le cas d’APESA, qui déploie un dispositif auprès des tribunaux de commerce, partout en France, pour identifier les chefs d’entreprise en grande souffrance.

Un filet de sécurité pour les TPE et indépendants en difficulté

Un fonds de solidarité abondé par l’État à hauteur de 2 milliards d’euros vient d’être créé.
Il concerne les entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 1 million d’euros (TPE, indépendants, micro-entrepreneurs) et dont l’activité a été fermée (restauration, commerce non-alimentaire, tourisme) ou qui ont perdu 70 % de leur chiffre d’affaires entre mars 2019 et mars 2020.

Concrètement, cela prend la forme d’une aide forfaitaire de 1 500 €, accordée par la DGFiP sur simple déclaration. Elle se concrétisera également par un dispositif anti-faillites pour les entreprises qui emploient au moins un salarié et qui seraient en très grande difficulté malgré le recours aux autres dispositifs.

  • Émilie Gilmer
  • Crédit photo : Getty Images

Aucun commentaire pour cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Glossaire