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Quelles solutions contre la pollution des mégots de cigarettes ?

En dépit de sa petite taille, le mégot est une catastrophe environnementale. Mais des solutions existent pour mieux le collecter, voire pour le recycler. Et la prise de conscience est en marche.

Quelles solutions contre la pollution des mégots de cigarettes ?

« L’œuvre » éphémère, exposée sur le bitume et baptisée #Ceci n’est pas un cendrier, n’était pas passée inaperçue. Sa particularité ? Être faite de l’assemblage des 15 225 mégots de cigarettes ramassés à Paris, en une heure seulement, par les bénévoles des associations Surfrider Foundation Europe et Zéro Waste. Une récolte peu ragoûtante, réalisée en juin 2017 le long du canal Saint-Martin, qui n’est toutefois qu’une infime partie de l’iceberg…

Car la planète croule sous les mégots : dans le monde, 4 300 milliards d’entre eux se retrouvent chaque année dans la nature. En France, 30 milliards de restes de cigarettes échappent tous les ans à la poubelle. Rien qu’à Paris, les services de la Ville en ramassent 2 milliards chaque année.

Or, malgré ses quelques centimètres de long, le mégot est un fléau. Ce reliquat de cigarette – dont le filtre est composé d’acétate de cellulose, qui est une matière plastique – peut en effet mettre jusqu’à 15 ans à se décomposer. En plus de la pollution visuelle qu’il représente, ce déchet crée également des risques de pollution chimique, puisqu’il contient de nombreux composants nocifs pour l’environnement (nicotine, ammoniac, cadmium, arsenic, mercure, plomb…).

« On estime qu’un seul mégot peut polluer 500 litres d’eau, détaille Antidia Citores, porte-parole de Surfrider Foundation Europe. Les conséquences potentielles ? Une perturbation de l’équilibre de l’écosystème, une dégradation des habitats et une accumulation de certaines substances dans les organismes des animaux, si bien qu’à terme, cette pollution envahit aussi nos assiettes. »

Infographie : Que faire de vos déchets ?

Quelques conseils pratiques et utiles pour ne pas se tromper dans le recyclage de ses déchets.

« Ne pas stigmatiser les fumeurs »

Mais, depuis quelques années, le ras-le-bol gronde. Tandis que certaines municipalités ont décidé d’instaurer des plages non-fumeurs, voire de verbaliser les pollueurs, des solutions novatrices émergent. Ainsi, ÉcoMégot, basée à Bordeaux, se propose d’accompagner acteurs publics et privés dans la mise en place d’espaces zéro mégot, tout en créant de l’emploi. Cette entreprise de l’économie sociale et solidaire, née en 2016, est déjà intervenue auprès de 200 clients (villes, entreprises, festivals, hôpitaux) dans toute la France pour installer des cendriers solidaires (ceux-ci sont fabriqués par un chantier d’insertion local), informer les usagers et récupérer les mégots.

« Notre rôle n’est pas de stigmatiser les fumeurs mais de rappeler qu’il est important que ces déchets ne finissent pas dans la rue ou en forêt », souligne Sandrine Poilpré, directrice générale d’ÉcoMégot, pour qui la sensibilisation est « indissociable » des solutions proposées. « Lorsque nous tenons un discours explicatif, les retours sont très bons. Les mentalités sont en train d’évoluer et nous avons de plus en plus de demandes. »

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Donner une seconde vie aux mégots

« Le mégot est une problématique universelle et un marché en devenir », confirme Bastien Lucas, le fondateur de MéGO !, la seule usine française de dépollution en circuit fermé, qui voit également son activité progresser. « Depuis la création de la société, en mars 2017, nous avons transformé plus de 20 tonnes de mégots provenant de toute la France et nous sommes en train d’automatiser nos process pour avoir une capacité de traitement de 500 tonnes par an », indique le dirigeant de cette entreprise, qui propose un service unique.

Car, en plus de l’audit, de la pose de cendriers, du travail de sensibilisation et de collecte, cette TPE bretonne entend donner une seconde vie aux mégots récoltés. Le principe ? Après avoir été triés, les restes de cigarettes sont broyés, nettoyés et transformés en plaques de plastique, qui elles-mêmes servent à fabriquer du mobilier urbain ou du matériel de bureau.

« Notre but est d’utiliser le recyclage comme un effet levier sur les comportements, précise Bastien Lucas. En offrant aux fumeurs des zones aménagées, on les incite à s’y regrouper et à jeter leurs mégots au bon endroit. De plus, proposer aux gens d’utiliser du mobilier issu de mégots, cela donne du sens au recyclage. C’est une façon de responsabiliser les fumeurs. »

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« Chacun peut agir au quotidien »

« Les fumeurs pensent que les mégots sont en coton… Moi-même, j’en ai déjà jeté par terre », reconnaît Alice Comble, co-fondatrice de l’association GreenMinded, dont le but est de « faire le lien » entre les citoyens et l’usine de recyclage MéGO !. Pour cela, GreenMinded vend des kits de recyclage et des cendriers qui permettent aux fumeurs de collecter leurs reliquats de cigarettes. L’association se charge ensuite de les trier, de les sécher et de les renvoyer en Bretagne. Depuis 2016, GreenMinded a récolté près d’une centaine de kilos de mégots dans toute la France.

« De plus en plus de personnes se saisissent de l’enjeu, c’est très positif, estime Antidia Citores, de Surfrider Foundation Europe. Il y a des déchets pour lesquels la réponse est plus complexe à apporter mais, pour le mégot, chacun peut agir et, d’un simple geste, être une solution à ce problème. » De quoi construire, tous ensemble, un environnement libéré de ces petits détritus jaunes et blancs…

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Mégots : vers une écotaxe ?

Fin décembre, l’Union européenne a adopté une législation visant à réduire à la source les déchets plastiques et la consommation de produits jetables. Cette Directive européenne renforce également l’application du principe « pollueur-payeur » en introduisant notamment la « responsabilité élargie du producteur » (REP) pour les cigarettiers. D’ici 2023 au plus tard, ceux-ci devront donc prendre en charge les coûts de la collecte des mégots. En France, la loi sur l’économie circulaire, en préparation, pourrait intégrer le principe de création d’un éco-organisme, financé par les industriels, à l’image de ce qui existe pour d’autres produits (appareils électriques, emballages ménagers…).

  • Natacha Czerwinski
  • Crédit photo : Getty Images

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