Projet Résilience : la fabrication de masques en mode solidaire

Début avril 2020, une filière de fabrication en urgence de masques en tissu a été lancée en France. En plus d’être local et responsable, le projet Résilience vise également l’inclusion professionnelle de personnes en situation de précarité ou de handicap.

Projet Résilience : la fabrication de masques en mode solidaire

Dès le début du confinement et face à la pénurie de masques, un formidable élan de solidarité citoyenne s’est déployé pour fabriquer des masques en tissu ou des visières plastiques. Un autre, nommé projet Résilience, plus industriel celui-là, a été lancé sous l’impulsion de Christophe Lepine, avec le soutien de Thibaut Guilluy. Le premier roule sa bosse dans le textile depuis 20 ans et s’intéresse à la confection made in France depuis quelques années. Après un long parcours dans l’entreprenariat social, le second est nommé Haut-commissaire à l’inclusion en mars dernier.

Leur idée ? Mettre en place une filière de fabrication en urgence de masques pour répondre aux besoins des professionnels en contact avec le public en employant, aux côtés de salariés expérimentés, des personnes éloignées de l’emploi.

« Les plus fragiles et précaires sont les personnes qui souffriront le plus de la crise économique qui s’annonce, pointe Christophe Lepine. C’est pourquoi, nous avons choisi d’inclure ces personnes ». À la faveur des réseaux de Thibaut Guilluy, le projet Résilience s’est donc tourné vers les entreprises d’insertion, les entreprises adaptées (qui emploient au moins 80 % de travailleurs handicapés) et vers des associations. « Nous avons embauché ceux voulaient travailler, sans faire de sélection », continue-t-il.

Jeunes sans diplôme, personnes en précarité…

En quinze jours, le dispositif se met en place. Des fonds privés permettent d’acheter en grande quantité du tissu homologué par la direction générale des Armées (DGA), qui est ensuite découpé en Ile-de-France. Ces tissus sont envoyés sous forme de kits prêts à coudre aux différents ateliers.

Ces unités de production sont très diverses : certaines existaient déjà, quand d’autres se sont créées ex nihilo pour répondre à la mobilisation. À Roubaix, un atelier a été lancé en dix jours dans une ancienne friche industrielle. Il compte aujourd’hui 190 salariés, dont des jeunes sans diplômes, des personnes sorties de prison, des personnes en précarité… « Ce travail est leur premier pour certains », commente Christophe Lepine.

« Je voulais être utile »

En Bourgogne Franche-Comté, Sabine Pakirivava, gestionnaire de quatre structures d’APF Entreprises, elle-même en situation de handicap, s’est démenée pour lancer une unité de production, en une semaine, « à partir de zéro », précise-t-elle. Elle a noué un partenariat avec un lycée de Dijon pour le prêt de machines à coudre industrielles et embauché trois étudiantes de l’établissement, fait fabriquer du gel hydroalcoolique par une pharmacienne. Elle a aussi passé tout un week-end à désinfecter l’atelier avant son ouverture et trouver des couturières bénévoles pour former les cinq premières salariées volontaires issues des structures de l’APF Entreprises…

Parmi ces « Masques Girls » autoproclamées, Catherine n’a pas hésité à rejoindre l’atelier, malgré l’angoisse liée au virus et les quatre heures quotidiennes de trajet en transports en commun. « Je ne pouvais pas rester chez moi, je voulais être utile. Je voulais participer à la protection des gens », explique celle-ci. « Cette aventure formidable n’aurait jamais été possible sans elle, ni Corinne, Marie-Jo, Claire et Lolita. Elles avaient la rage d’y aller et de montrer qu’on peut y arriver », tient à préciser Sabine Pakirivava.

Pour David Torres, chef de projet national Résilience pour APF Entreprises, « ce projet est très valorisant pour les salariés. Cela montre que les personnes handicapées sont capables. C’est aussi une reconnaissance de leurs compétences ». Et l’occasion d’en acquérir de nouvelles. « Les plus âgées, expérimentées, forment et apprennent aux plus jeunes. Il y a de la transmission, du partage », abonde Christophe Lepine.

Performance et réactivité

Dans la capitale, des structures de l’économie sociale et solidaire ont rejoint Résilience pour la fabrication de masques pour la Ville de Paris. L’association Les Canaux, qui fédère et soutient les acteurs de l’économie à impact positif, coordonne avec la Ville de Paris le projet. « Avec la participation de ces structures, comme l’Armée du salut ou la Fabrique de la goutte d’or, la coopérative des retoucheurs africains de ce quartier populaire, nous voulons montrer que cette économie solidaire et inclusive est à même de produire localement, avec un degré de performance élevé et de réactivité, soutient Elisa Yavchitz, directrice générale des Canaux. Cela montre aussi une solution possible pour l’avenir en termes d’achats solidaires et inclusifs ».

Aujourd’hui, le projet Résilience, bientôt sous statuts de fondation à but non lucratif, compte une trentaine d’ateliers et environ 1 500 salariés au total. Initialement, l’objectif de production s’élevait à deux millions de masques. Il est de 65 millions aujourd’hui.

Et après ? Christophe Lepine veut « aller plus loin » et entrevoit la possibilité de relancer une filière textile française. « Des personnes auront été formées et seront montées en compétences… Si nous arrivons à dégager une marge, l’idée serait de l’investir dans l’industrie textile, former d’autres personnes et créer des emplois ».

  • Alexandra Luthereau
  • Crédit photo : DR APF Entreprises

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