Marianick Lambert (France Assos Santé) : « Il est possible de se soigner moins cher »

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Administratrice de France Assos Santé et spécialiste du système de santé, Marianick Lambert appelle les patients à mieux identifier leurs droits et en particulier à mieux tirer parti des avantages du 100 % Santé. Et ce, afin de se soigner moins cher dans un contexte tendu pour le pouvoir d’achat.

santé low cost

Est-il vraiment possible de se soigner moins cher ?

Marianick Lambert (France Assos Santé)
Crédit : Francis Rhodes.

Marianick Lambert : Oui, c’est possible. Encore faut-il le faire savoir. Être correctement informé sur ses droits est en effet primordial. On voit bien ça avec le 100 % Santé, qui est insuffisamment connu. Si les praticiens ne le préconisent pas, les Français n’y ont pas recours.

Par ailleurs, le prix et la qualité sont liés dans l’esprit des gens.

Un soin ou un équipement moins cher donne l’impression d’être inefficace. C’est faux. Le moindre coût n’est pas synonyme de moindre qualité. Ce qui compose le panier 100 % Santé est certes insuffisant mais garantit une qualité.

Une nécessité : élargir le panier du 100 % Santé

Vous dites que le 100 % Santé reste insuffisant. Pour quelles raisons ?

M. L. : Comme je le suggérais, la première chose est déjà de mieux le faire connaître. La seconde amélioration à lui apporter serait d’élargir le panier. En effet, celui-ci ne couvre pas tous les besoins. Par exemple, les verres du panier 100 % Santé en optique ne sont pas adaptés au syndrome fréquent de Gougerot Sjögren (sécheresse oculaire). Il faudrait au moins faire des dérogations pour des cas spécifiques comme celui-ci. On pourrait trouver les mêmes exemples pour les audioprothèses ou pour les soins et dispositifs dentaires.

Par ailleurs, il y a aussi certaines réticences de la part des professionnels à promouvoir la réforme dans son intégralité auprès de leur clientèle. Pour les audioprothèses, la question du suivi est fondamentale. On sait bien que l’une des principales difficultés que les utilisateurs rencontrent est d’arriver à bien régler leur aide auditive. C’est pour cette raison que la réforme du 100 % Santé a prévu une double prise en charge : pour le dispositif lui-même et pour le suivi. Ainsi, les porteurs d’aides auditives concernés ont droit à deux consultations mais ils ne le savent pas toujours.

Il faut constater également que les différents acteurs du système de santé ne disposent pas suffisamment de retours sur les données de terrain. II y a deux raisons à cela. D’une part, parce que les audioprothésistes ne font pas assez remonter les consultations de suivi. D’autre part parce que les questionnaires de satisfaction n’ont pas été mis en place. Au global, il y a donc un bilan de la réforme à faire afin d’en améliorer le fonctionnement. J’ajouterai qu’il est essentiel que le 100 % Santé inclue enfin le tiers payant pour tout le monde.

En quoi est-ce important ?

M. L. : Pour un grand nombre de personnes, l’avance de frais est dissuasive, même s’ils bénéficient du 100 % Santé. Si l’on veut que cette réforme soit pleinement efficace, il faut envisager le tiers payant pour tout le monde. C’était prévu mais, avec la baisse du pouvoir d’achat, c’est un sujet que les autorités de santé vont devoir mettre sur la table rapidement, même si l’on constate, en particulier dans l’optique, que le 100 % Santé est très utilisé par les titulaires de la complémentaire santé solidaire (CSS).

La santé n’est pas une marchandise

Que conseillez-vous aux Français qui sont tentés de faire appel à des solutions low cost (achats de médicaments sur internet, consultations à l’étranger…) ?

M. L. : Je comprends que cette tentation existe, pour des questions de pouvoir d’achat. Mais je préfère les mettre en garde. La santé n’est pas une marchandise. L’achat de médicaments sur internet se heurte à l’absence totale de contrôle. Idem en ce qui concerne les centres de soins low cost. On a vu suffisamment de scandales et de gens détruits par les mauvais soins prodigués, relevant clairement de l’escroquerie.

Quant aux soins à l’étranger, ils soulèvent un véritable problème de responsabilité. En cas de problème, il n’y a pas de recours possible contre le praticien. J’invite clairement, donc, les assurés sociaux à se détourner des solutions low cost pour leur santé.

  • Crédit photo : Istock
Auteur article
Didier Le Gorrec

Journaliste spécialisé dans les sujets mutualistes et ESS ainsi que dans les problématiques liées à la prévoyance.

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