« La pollution de l’air intérieur de nos maisons est liée à notre mode de consommation »

De plus en plus de personnes souffrent de pathologies liées à la pollution qui règne dans nos logements. Laure Pressouyre est conseillère médicale en environnement intérieur en Côte-d’Or et en Saône-et-Loire. Sur ordonnance de médecins, elle se rend chez les patients pour les aider à assainir leur maison.

Pollution de l'air intérieur
Laure Pressouyre
© Mutualité Française Bourgogne Franche-Comté

C’est en 2009 que la Mutualité Française Bourgogne-Franche-Comté a créé un service de conseil médical en environnement intérieur. Dans ce cadre, Laure Pressouyre se rend chez des personnes souffrant de pathologies allergiques et/ou respiratoires, de rhinites et autres affections. A leur domicile, entre discussion et mesure de l’air, elle détecte ce qu’elles pourraient changer pour aller mieux et émet des recommandations.

Quand fait-on appel à un conseiller médical en environnement intérieur (CMEI) ?

Laure Pressouyre : Nous intervenons à la demande de médecins spécialistes pour réaliser des visites au domicile de leurs patients, lorsque ces derniers souffrent de pathologies allergiques et/ou respiratoires. Cinq spécialités peuvent nous solliciter : des allergologues, des pneumologues, des dermatologues (quand il y a des allergies de contact), des ORL et des pédiatres. Nous avons besoin d’un bilan allergologique et de connaître les symptômes du patient (asthme, rhinite, conjonctivite ou toux).

Que faites-vous lorsque vous êtes chez le patient ?

L. P. : Nous réalisons un audit ou une enquête dans le logement. C’est une visite qui peut durer jusqu’à deux heures. Dans un premier temps, nous discutons avec le patient pour retracer son histoire allergique et ses symptômes, pour identifier s’il y a une pièce où il sent une gêne plus importante. Ensuite, nous posons des questions très générales sur le logement et les habitudes de vie de ses habitants : l’âge du bâtiment, si c’est une location ou une propriété, s’il y a eu des travaux récemment, s’il y a des problèmes d’humidité, un système de ventilation, des animaux, si des parfums d’ambiance sont utilisés. Puis nous faisons un focus pièce par pièce, en nous concentrant sur les pièces principales, celles où le patient passe le plus de temps.

« Choisir les produits qui émettent le moins de polluants »

Vous effectuez des prélèvements…

L.P. : Oui. C’est pour cela que nous avons besoin d’un bilan allergologique. Il faut savoir à quoi le patient est allergique, pour que nos recherches et nos conseils soient adaptés à sa pathologie. S’il est allergique aux acariens, nous allons réaliser des prélèvements de poussière au niveau de la literie, du canapé s’il est en tissu, des tapis, pour identifier la charge allergénique de ces supports. S’il y a des problématiques d’humidité avec des moisissures apparentes, nous pouvons aussi réaliser des prélèvements d’air, pour capter les moisissures qui pourraient être présentes dans l’environnement des habitants. Des prélèvements chimiques peuvent aussi être proposés. Nous disposons d’un appareil qui nous permet de mesurer le formaldéhyde. C’est un composé organique volatil (COV) que l’on peut retrouver dans les parfums d’ambiance, les produits d’entretien, l’ameublement récent. Ce polluant est un irritant respiratoire et peut accentuer un asthme ou une rhinite déjà présente.

Le formaldéhyde est-il présent chez tout le monde ?

L .P. : Généralement, oui. Dès lors que les gens utilisent des produits d’entretien pour faire le ménage, qu’il y a des travaux de peinture ou de rénovation, qu’ils achètent du mobilier neuf, nous pouvons trouver du formaldéhyde dans la maison. Une réglementation de 2012 oblige les industriels à indiquer une classification sur les étiquettes des matériaux en lien avec les travaux d’aménagement. C’est un système de lettres qui va du A+ au C. Cela permet de choisir des produits qui émettent moins de polluants dans l’air.

Est-ce que c’est vous qui analysez les prélèvements que vous faites ?

L.P. : Les prélèvements de poussière pour mesurer les acariens sont analysés sur place. C’est intéressant, car c’est très pédagogique. Le patient se rend compte immédiatement de la charge allergénique, et cela permet d’appuyer les conseils que l’on va donner. Tout le monde sait que les acariens sont présents dans les tapis, les moquettes et les matelas, mais suivant l’âge du matelas, suivant l’entretien, suivant le taux d’humidité présent dans le logement, la quantité d’acariens n’est pas forcément la même. Concernant les moisissures, nous réalisons des prélèvements d’air, mais on ne les analyse pas. On les envoie au laboratoire de parasitologie et de mycologie du CHU de Besançon, avec qui on travaille depuis le début. Nous transmettons ensuite les résultats au patient. Pour le formaldéhyde, nous avons un appareil de mesure instantanée. Des mesures de température et d’humidité sont également réalisées dans toutes les pièces visitées, afin de contrôler le confort du logement.

« Il faut aérer son logement tous les jours »

Les médecins font appel à vous dans quelles circonstances ?

L.P. : En cas d’allergie, de symptômes d’asthme, de rhinite allergique, de toux, d’irritation, de bronchite respiratoire. Même quand il n’y a pas d’allergie, le médecin peut s’interroger sur la raison de la toux du patient ou de ses irritations respiratoires. Nous proposons alors des mesures de polluants chimiques. Cela peut être en lien avec une pièce rénovée ou l’achat de mobilier qui va justement libérer des polluants chimiques. Des problèmes d’humidité et de moisissures peuvent aussi en être la cause. Parfois, la visite peut aussi permettre d’écarter la piste du logement.

Quelles sont les substances présentes dans l’air de la maison qui sont les plus dangereuses pour la santé ?

L.P. : La première, c’est le monoxyde de carbone. Il provient notamment des dispositifs de chauffage défectueux ou mal entretenus, et il est très dangereux car inodore. La deuxième reste le tabac, qu’il s’agisse de tabagisme actif ou passif. Nous interrogeons les patients pour savoir s’ils sont fumeurs ou s’il y a des fumeurs dans l’habitation. Si c’est le cas, nous conseillons de fumer à l’extérieur, si le fumeur ne souhaite pas arrêter la cigarette. Parfois, on nous répond : « Il fume à la fenêtre ou sous la hotte aspirante de la cuisine. » Mais ces gestes ne suffisent pas.

Quels conseils donneriez-vous pour que l’air intérieur de nos logements soit plus sain ?

L.P. : Il y a trois choses à retenir :

– la première, c’est d’aérer dix à quinze minutes tous les jours au minimum, quelle que soit la saison ;

– la deuxième, c’est de s’assurer qu’un dispositif de ventilation est présent, et qu’il est fonctionnel et entretenu. Il faut nettoyer régulièrement les grilles de ventilation et vérifier que les VMC fonctionnent. Souvent les patients coupent cette dernière pour faire des économies d’énergie : ce n’est pas conseillé parce que le rôle de la VMC est d’évacuer la pollution et l’humidité ;

– la troisième, c’est de choisir des produits les moins polluants possible. Il faut limiter au maximum tout ce qui est parfum d’ambiance (bougies parfumées, encens, diffuseurs d’huile essentielle…). Nous nous méfions beaucoup des huiles essentielles, car ce ne sont pas des produits anodins, elles peuvent avoir un risque pour la santé, surtout pour les personnes asthmatiques. Les produits ménagers peuvent également émettre beaucoup de polluants chimiques. Il faut choisir les produits les plus simples possible, tout en étant attentif aux précautions d’usage : le vinaigre blanc, le savon de Marseille, le bicarbonate de soude. Pour l’entretien du sol, de l’eau très chaude peut suffire. Il faut limiter aussi l’eau de Javel. Après, si on est amené à faire des travaux ou à acheter du mobilier, il faut être attentif à l’étiquetage et choisir les produits les moins polluants. Au niveau de l’ameublement, surtout pour une chambre d’enfant, le mieux est d’acheter du mobilier d’occasion.

« Les polluants présents chez nous sont liés à notre mode de consommation »

Avez-vous constaté des évolutions depuis que vous pratiquez le métier de CMEI ?

L.P. : Le sujet de la qualité de l’air intérieur et de la santé environnementale a pris de l’ampleur depuis cinq ans. Il y a une vraie prise de conscience de notre exposition quotidienne à divers polluants environnementaux et de l’impact que cela a sur notre santé. Nous faisons de plus en plus le parallèle avec les perturbateurs endocriniens et le développement durable. Tous les polluants dont nous parlons, qui se trouvent dans nos maisons, sont liés à notre mode de consommation. Si on choisit des produits plus simples, c’est bon pour notre porte-monnaie, notre santé et l’environnement.

A quoi attribuez-vous la méconnaissance de votre métier par le grand public ?

L.P. : C’est un métier qui a trente ans. Il est encore peu connu, alors que nous jouons un rôle essentiel dans l’amélioration de la qualité de vie des patients. Les visites ne sont actuellement pas prises en charge par l’Assurance Maladie. Mais il est très rare que les patients soient amenés à les payer. En effet, la majorité des CMEI sont rattachés à des structures ou institutions qui financent les visites : agences régionales de santé, établissements mutualistes, CHU, collectivités… Des études sortent régulièrement pour valoriser le métier et montrer qu’il a un intérêt pour le patient. Nous le présentons depuis peu aux étudiants de médecine ainsi qu’en soins infirmiers. Un travail plus large de communication doit se poursuivre.

* Le site CMEI France répertorie tous les CMEI du territoire.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Charlotte de L’escale

rédactrice en chef adjointe d'Essentiel Santé Magazine, spécialisée en santé et société.

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