La prévention au cœur de la santé de demain

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Face à l’explosion des maladies chroniques et à la saturation de notre système de soins, la prévention en santé sera déterminante, d’après les experts. Une table ronde sur le sujet avait lieu à Paris le jeudi 1er décembre. Extraits.

Le Big Bang de la Santé, par Le Figaro

Mieux vaut prévenir que guérir, selon le vieil adage. Alors que l’espérance de vie en bonne santé est inférieure en France à la moyenne européenne, la prévention sanitaire vient d’être érigée en priorité par le Gouvernement. Le 18 septembre 2022, celui-ci a annoncé que trois consultations médicales seraient remboursées aux âges charnières de la vie, à 25, 45 et 65 ans.

« Moins d’un Français sur deux arrive en bonne santé à 65 ans. La prévention permettrait d’éviter une grande partie des maladies chroniques qui saturent notre système de soins », a déclaré le professeur Franck Chauvin lors du 7ème Big Bang de la Santé organisé à Paris, du 29 novembre au 1er décembre. L’ancien président du Haut conseil de la santé publique participait à la dernière des trois matinées d’échanges initiées par Le Figaro, en partenariat avec le Groupe VYV. Cette table ronde consacrée à la prévention accueillait aussi l’économiste Nicolas Bouzou et Stéphane Junique, président du Groupe VYV. D’autres invités, comme le champion olympique Tony Estanguet, sont également intervenus.*

Passer d’un système curatif à préventif

« Notre système de santé est un système de soins, concentré sur la maladie, explique le professeur Franck Chauvin. Or, la prévention consiste à agir sur les déterminants de santé plutôt que sur les maladies ». Ces déterminants désignent tous les facteurs qui influencent l’état de santé de la population : les comportements individuels (tabagisme, pratique d’une activité physique), l’environnement économique (éducation, emploi) mais aussi l’accès aux soins, les relations sociales, ou encore les prédispositions génétiques.

Comment la prévention agit-elle sur ces déterminants de santé ? « L’éducation joue un très grand rôle, reprend le professeur. Elle conditionne dès nos plus jeunes années nos comportements en matière de santé ». La prévention s’opère également par des campagnes d’informations ou de dépistage, ainsi que des opérations comme le Mois sans tabac ou le Dry january.

Pour autant, les déterminants de santé ne se limitent pas à l’activité physique ou l’alimentation, comme le rappelle Stéphane Junique. « Agir en prévention, c’est aussi agir sur des déterminants qui peuvent sembler éloignés de la santé, comme le logement ou l’aménagement du territoire ». 900 programmes de prévention existent au sein du Groupe VYV, touchant plus de 50 000 personnes. Parmi elles, la création de 5 maisons sport-santé et le remboursement des consultations chez un psychologue.

D’après les experts, une politique de prévention globale serait l’assurance d’un véritable retour sur investissement. « Cela coûte beaucoup moins cher d’agir de manière préventive sur les déterminants de santé, que d’attendre que les gens soient malades pour mettre en place des parcours de soins », analyse le professeur Chauvin.

L’activité physique, un remède à la sédentarité

D’après l’OMS, 9 % des décès en France seraient dus à l’inactivité physique. « Notre société a perdu de vue l’importance de l’activité physique, regrette Tony Estanguet, champion olympique de canoë-kayak et président du comité d’organisation des Jeux Olympiques de Paris 2024. 80 % des jeunes ne pratiquent pas assez d’activité physique, d’après l’OMS. En 40 ans, ils ont perdu un quart de leur capacité cardiovasculaire »

Paris 2024 s’est donc associé au collectif Pour une France en forme afin de promouvoir l’activité physique à l’école. Elle tente d’y instaurer 30 minutes d’activité physique quotidienne pour tous, ainsi qu’une Semaine olympique. « On doit redonner dès l’école le réflexe de pratiquer quotidiennement une activité physique. Nous comptons ensuite sur les enfants pour embarquer leurs parents et grands-parents », ajoute Tony Estanguet.

D’après un sondage de l’Ifop, 61 % des Français se déclarent prêts à pratiquer une activité sportive au moins une fois par semaine, en vue d’améliorer leur santé. « L’activité physique est l’action de prévention ayant le plus fort impact sur la santé publique mais aussi sur l’économie, ajoute Nicolas Bouzou, économiste. Lorsque vous bougez tous les jours, vous travaillez mieux, vous êtes moins souvent malade  et aussi moins susceptible d’avoir des soins remboursés par votre couverture maladie. »

Vers une véritable politique de prévention ?

« L’Etat ne pourra pas tout faire tout seul, estime Stéphane Junique. Une mobilisation de l’ensemble des acteurs de la société est nécessaire, qu’il s’agisse des complémentaires santé ou de la Sécurité sociale. » S’attaquer aux habitudes de vie, comme le tabagisme ou l’alimentation déséquilibrée, permettrait de diminuer « de 10 % à 20 % » les maladies chroniques, estime Franck Chauvin. « Mais de véritables politiques du logement ou de la mobilité permettraient d’augmenter sensiblement ce chiffre », ajoute le professeur.

« Le cloisonnement du système de santé, notamment entre la médecine de ville et l’hôpital, empêche la construction de politiques de santé globales », regrette Nicolas Bouzou. Pour échapper à cet écueil, l’économiste appelle de ses vœux une politique de prévention « venue d’en haut ». « Une impulsion provenant du sommet de l’Etat permettrait d’irriguer tous les secteurs de la santé ».

* Tony Estanguet s’exprimait via une vidéo enregistrée en amont de la table ronde.

  • Solal Duchêne
  • Crédit photo : Solal Duchêne

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