Qu’est-ce que la coqueluche ?

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Malgré le vaccin obligatoire, la coqueluche continue de circuler en France comme dans le monde. Et cette maladie ultra-contagieuse est dangereuse pour les plus fragiles : nouveau-né, petits nourrissons, femmes enceintes et personnes âgées.

coqueluche

La coqueluche est une infection respiratoire causée par une bactérie (Bordetella pertussis ou Bordetella parapertussis). C’est une maladie extrêmement contagieuse qui se transmet par voie aérienne (gouttelettes provenant du nez ou de la bouche). Son taux de contamination (« R0 ») est quatre fois plus élevé que celui du Covid-19 par exemple.

Malgré une couverture vaccinale importante des enfants dans le monde (85 % environ), la coqueluche n’est pas sous contrôle. Elle cause au moins 160 000 décès par an, selon l’Institut Pasteur, la plupart dans des pays en voie de développement. Dans les pays occidentaux riches aux revenus élevés, on observe une recrudescence de la coqueluche depuis une quinzaine d’années. La raison : ni la maladie, ni le vaccin n’immunisent à vie. La coqueluche continue donc à circuler.

En France, le réseau national Renacoq recense tous les cas chez les moins de 17 ans. Ses données, publiées jusqu’à 2015, montrent un pic en 2012 avec 472 cas dans le pays, avant une baisse à 128 cas en 2015. Près de 90 % des enfants concernés n’avaient pas encore été vaccinés ou pas reçu le rappel à temps. « Avec les gestes barrière liés au Covid, nous avons connu une baisse drastique du nombre de cas en 2020 et 2021 – moins d’une dizaine », indique le Dr Andreas Werner, vice-président de l’association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) et membre des réseaux PARI et Renacoq.

Quels sont les symptômes de la coqueluche ?

Après contamination par la bactérie, durant la période d’incubation de 10 jours en moyenne, le patient ne montre aucun symptôme. Les signes de la coqueluche diffèrent ensuite selon l’âge de la personne infectée.

Chez les adultes ou les enfants vaccinés, cela se traduit par une rhinite ainsi qu’une toux traînante pendant des semaines associée à une fièvre faible, ou pas de fièvre.

La toux caractéristique de la coqueluche peut alors apparaître, plutôt chez les personnes non vaccinées récemment : des quintes violentes et répétées qui peuvent rendre la respiration difficile et provoquer des vomissements ou des pétéchies (éclatements des petits vaisseaux sanguins dans les yeux). Après la quinte, la personne malade reprend sa respiration par une grande inspiration qui émet un son typique, surnommé le « chant du coq ». Sans traitement, cette toux peut s’installer pour plusieurs semaines et même réapparaître après des mois. Chez l’adulte vacciné, on constate plutôt une toux traînante pendant des mois.

Chez les tout-petits, non vaccinés, « la coqueluche ne provoque pas forcément de toux mais peut être à l’origine d’arrêts respiratoires pouvant même passer pour des morts subites », décrit Andreas Werner.

On pose un diagnostic de coqueluche à partir de ces signes cliniques et d’une recherche de matériel génétique de la bactérie responsable, et ceci par un prélèvement PCR dans la gorge ou le nez. « Chez les enfants, face à une toux qui traîne, je demande systématiquement si un adulte dans l’entourage présente le même symptôme », ajoute le Dr Werner. La moitié des cas de coqueluche en France proviennent en effet d’une transmission de l’adulte à l’enfant.

Quels sont les risques liés à cette maladie ?

La coqueluche est particulièrement dangereuse pour les nouveau-nés, les femmes enceintes et les personnes âgées.

La femme enceinte ne peut pas transmettre la coqueluche au fœtus. En revanche, ce peut être le cas avec son enfant qui vient de naître si elle en est encore infectieuse. « C’est la raison pour laquelle, dans certains pays comme le Royaume-Uni, on vaccine systématiquement la future mère lors du dernier trimestre de grossesse. Ainsi, à la naissance, l’enfant a dans les anticorps maternels transmis par voie placentaire, le taux d’anticorps anti-coqueluche le plus élevé possible ».

Chez le bébé de moins de deux mois, non vacciné, le risque des apnées et arrêts respiratoires peut aller jusqu’à la mort. La coqueluche peut aussi entraîner des complications comme des encéphalites, des convulsions ou des infections pulmonaires très sévères. En cas de suspicion de coqueluche avant l’âge de trois mois, l’enfant est quasi systématiquement hospitalisé.

Quant aux personnes âgées, la toux traînante de la coqueluche fragilise encore les personnes déjà fragiles.

Quel traitement et quelle prévention contre la coqueluche ?

En cas de coqueluche, on prescrit un traitement symptomatique contre la toux et des antibiotiques. Ceux-ci ont pour but de diminuer la transmission de la maladie. Ils peuvent d’ailleurs être prescrits dans tout l’entourage proche du malade, même chez des personnes sans symptômes, s’il n’y a pas eu de rappel de vaccin dans les cinq dernières années.

La prévention de la coqueluche passe avant tout par la vaccination et la mise en place de gestes barrière en cas de contamination. Depuis 2018, en France, le vaccin contre la coqueluche fait partie des 11 vaccins obligatoires dès l’âge de deux mois. Il est ensuite recommandé de faire des rappels à 6 ans, entre 11 et 13 ans puis à 25 ans. Les autorités sanitaires prônent aussi le vaccin « cocooning », qui consiste à vacciner – ou à faire un rappel – à l’entourage proche d’une personne fragile : nouveau-né, personne âgée, malade ou immunodéprimée. C’est la même stratégie qu’avec le Covid », illustre le Dr Werner.

Pourquoi un nouveau vaccin ?

Deux vaccins sont utilisés dans le monde actuellement. Le vaccin de première génération date des années 40. Il contient le germe de la coqueluche entier inactivé. Il est efficace mais peut présenter des effets indésirables importants (fièvre, douleurs…).

Dans les années 80 est apparu un nouveau type de vaccin à partir d’antigènes protecteurs du germe de la coqueluche (et non pas du germe en entier). Il a beaucoup moins d’effets secondaires pour un même niveau de protection légèrement plus faible. C’est celui qui est, depuis, utilisé dans les pays développés comme la France.

Ces vaccins ont deux inconvénients majeurs : la protection qu’ils apportent diminue d’année en année et ils n’empêchent pas la transmission de la maladie. La recherche d’un nouveau vaccin vise à y remédier. Camille Locht est microbiologiste et directeur de recherche à l’Inserm et à l’institut Pasteur. Il travaille sur ce futur vaccin : « Nous avons étudié le germe de la coqueluche pour le modifier génétiquement afin qu’il puisse coloniser les voies respiratoires de la personne, sans induire de symptômes. » Cela permet à la fois de donner une immunité individuelle à long terme contre la maladie et d’empêcher la transmission. Ce vaccin sera donc un vaccin vivant, sous forme de spray nasal, comme il en existe déjà pour la grippe, en une seule prise, pour une protection optimum. Les travaux en sont actuellement aux essais de phase 2, sur des êtres humains. « Si tout va bien, il sera disponible vers 2026 », espère le directeur de recherche.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Pauline Hervé

journaliste spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (prévention, innovation et recherche, soins...)

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