Hernie discale : comment la soigner ?

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« Vous avez une hernie discale ! ». Ce verdict très souvent prononcé aux patients venant consulter pour une douleur au dos peut faire peur. Pourtant, il n’y a pas toujours de quoi s’inquiéter car une hernie discale est asymptomatique dans 50 % des cas. Quels sont les causes, les personnes à risque et les traitements possibles ?

Hernie discale

Se voir diagnostiquer une hernie discale à la suite d’une imagerie n’est pas forcément grave. C’est ce que confirme le professeur Bernard Fouquet, chef de service de médecine physique et réadaptation au CHU de Tours. « Le lien entre la douleur au dos et la présence d’une hernie discale est à nuancer car dans près d’un cas sur deux, une hernie discale est asymptomatique. On la découvre souvent par hasard à l’occasion d’un examen d’imagerie. Les problèmes discaux révélés sur une IRM par exemple peuvent faire simplement partie du vieillissement normal de la colonne. La hernie discale est en effet en partie liée à la dégénérescence des disques intervertébraux due à l’âge ».

Qu’est-ce qu’une hernie discale ?

« On parle de hernie discale lorsqu’une partie du disque intervertébral (situé entre deux vertèbres de la colonne vertébrale) fait saillie dans le canal où passent les racines nerveuses, poursuit le professeur Fouquet. Elle survient lorsque la couche externe d’un disque dans la colonne vertébrale se déchire ou se rompt ». Le fait de soulever une charge trop lourde peut être à l’origine de cette rupture. « La partie interne, molle et gélatineuse, du disque peut alors sortir et former une hernie. Cette saillie peut comprimer la racine nerveuse qui passe à proximité et entraîner des douleurs quand survient une inflammation au contact du fragment de disque et de la racine nerveuse ».

Une pathologie des lombaires

La hernie discale peut toucher n’importe quelle partie de la colonne vertébrale mais elle se situe le plus souvent (dans 80 % des cas) au niveau des lombaires basses. En particulier entre la 4e et la 5e vertèbre lombaire ou entre la 5e lombaire et la 1re vertèbre du sacrum. Cela représente la principale cause de lumbago, mais aussi de sciatique ou de cruralgie (douleur lombaire irradiant sur le devant de la cuisse, liée à la compression d’une racine du nerf crural).

« La racine est à la fois étirée et comprimée et il y a une réaction inflammatoire entre la hernie et la racine nerveuse, poursuit le médecin. C’est la réaction inflammatoire qui va causer la douleur ou la sensation de douleur (décharges électriques et fourmillements) dans la jambe ou le pied. » Une telle situation peut être observée au niveau des cervicales et provoquer des douleurs dans une épaule et un bras. On parle de « névralgie cervico-brachiale ».

Hernie discale : quelles sont les populations à risque ?

La hernie discale est une maladie relativement fréquente. On estime que, chez les personnes âgées de 30 à 55 ans, 5 % des hommes et 3 % des femmes sont concernés au moins une fois dans leur vie. « Après 60 ans, la partie interne du disque est déshydratée et les contraintes sont plus faibles, rendant la hernie moins probable », rappelle le professeur Fouquet.

Certaines personnes sont davantage exposées. C’est le cas :

  • des personnes dont l’activité professionnelle implique des efforts intenses et répétés au niveau de la colonne vertébrale (port de charges, travail nécessitant de se baisser fréquemment…)
  • des athlètes dont les disques sont soumis à des pressions intenses et répétées
  • des personnes sédentaires
  • des personnes ayant une prédisposition familiale. « On sait que certaines personnes ont un terrain familial qui rend les disques intervertébraux plus vulnérables », reconnaît le professeur.
  • des personnes obèses ou concernées par un syndrome métabolique (hypertension artérielle, obésité viscérale, trop de lipides dans le sang, diabète de type 2)

Comment traiter la lombalgie ?

« Il ne faut pas oublier que le patient vient consulter pour une douleur au niveau du bas du dos et que la hernie discale est souvent asymptomatique, rappelle le professeur Fouquet. Il faut donc s’occuper de l’origine de son mal de dos, qui est généralement une lombalgie ».

S’il s’agit d’une lombalgie « aiguë », le fait qu’il y ait une hernie ne change rien à la stratégie thérapeutique. « Pour soulager la douleur, on va prescrire des antalgiques (paracétamol, codéine, tramadol…) ou des anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène par exemple). Après 3 semaines, le patient pourra faire des séances de kinésithérapie qui ne sont pas nécessaires au tout début. De plus, le temps (4 à 6 semaines) est très favorable à la guérison. On conseillera ensuite au patient de faire un peu d’activité physique ».

En revanche, si la douleur persiste après 4 à 6 semaines, la lombalgie devient « subaiguë ». « Le traitement médicamenteux sera alors augmenté. La lombalgie subaiguë peut entraîner des problèmes émotionnels (dépression, anxiété, stress), les réactions de peur entraînant un évitement des situations à risques et une réduction de l’activité ».

La lombalgie peut également irradier dans une jambe ou exceptionnellement les deux. On parle de lombosciatique ou lombocruralgie. Dans ce cas, il y a une atteinte de la racine nerveuse. Des infiltrations de corticoïdes sont prescrites si la douleur est intense et persistante ou en cas d’échec des traitements oraux. Une infiltration est une injection locale effectuée près de la racine du nerf compressé afin de traiter l’inflammation.

Hernie discale : dans quel cas opter pour la chirurgie ?

Aujourd’hui, le traitement chirurgical est relativement rare. « On ne fera pas de chirurgie dans le cadre d’une lombalgie mais seulement s’il y a un caractère rebelle de la douleur lombaire avec une atteinte d’une racine nerveuse qui entrave la vie quotidienne », précise le professeur Fouquet. L’opération a pour but de décongestionner la racine nerveuse en la décollant de la hernie discale et d’enlever le fragment de disque responsable de la réaction inflammatoire.

Remobiliser avec de la kiné

Dans le cas d’une hernie discale, le médecin peut prescrire des séances de kinésithérapie. « Le masseur-kinésithérapeute intervient une fois que la douleur aiguë est passée », confirme Axel Di Vittorio, masseur-kinésithérapeute et cadre de santé au CHU de Tours.

La première étape consiste à établir un bilan diagnostic kinésithérapique (BDK) qui va permettre d’objectiver la douleur (localisation, intensité, circonstance de la gêne), la mobilité du rachis, des membres inférieurs, la force musculaire, la présence de contractures musculaires…

« À partir de ce bilan, nous allons travailler avec le patient pour accompagner la diminution de la douleur et lui permettre un retour aux activités quotidiennes dans des conditions sécuritaires. Cela passe notamment par un travail d’éducation à l’anatomie, aux mouvements à risque de la vie quotidienne, professionnelle, de l’activité physique/loisirs, et à des préconisations posturales et gestuelles ». Le patient apprend par exemple comment soulever une charge, se pencher, monter et descendre d’une voiture, faire le ménage, jardiner…

Reprendre le sport en douceur

« Concernant le sport, il est préférable de reprendre les activités sportives en optant dans un premier temps pour la marche, la natation ou le pilate », recommande Axel Di Vittorio. Il est nécessaire d’encourager le patient à être actif et à bouger en travaillant sur la mobilité et le renforcement des muscles stabilisateurs du rachis.

« En complément de nos recommandations, nous proposons un traitement passif de courte durée à base de massage, thermothérapie ou d’électrothérapie qui vise à détendre les muscles qui entourent le disque abîmé. Dès que la douleur a diminué, nous réentraînons progressivement le patient à la réalisation de mouvements actifs », conclut le masseur-kinésithérapeute. Il rappelle aussi la recommandation de la HAS qui est de ne pas réaliser de manipulation vertébrale en cas de crise aiguë de hernie discale.

  • Peggy Cardin-Changizi
  • Crédit photo : Getty Images

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