C’Cité et Passeurs de terres : les deux lauréats des Prix ESS 2022

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Les deux Prix nationaux de l’ESS ont été remis le 26 octobre lors de la cérémonie d’ouverture de l’édition 2022 du Mois de l’ESS. L’association C’Cité a reçu le Prix de l’utilité sociale et la coopérative régionale Passeurs de terres le Prix de la transition écologique.

Les 2 Lauréats du Prix ESS 2022

Le Mois de l’économie sociale et solidaire (ESS) a été lancé le 26 octobre avec la remise des deux Prix nationaux de l’ESS. L’un récompense une initiative d’utilité sociale, l’autre une solution œuvrant à la transition écologique.

Cette année, 466 candidatures ont été déposées, « une participation en hausse par rapport à 2021 », se réjouit Michel Jézéquel, le président du jury des Prix de l’ESS, vice-président d’ESS France et président de la Chambre régionale d’économie sociale et solidaire (CRESS) Bretagne. Comme chaque année depuis 2015, ces candidatures montrent la diversité et la richesse de l’économie sociale et solidaire avec des projets territoriaux visant plus d’égalité, plus d’inclusion, le développement des énergies renouvelables, de la santé, de l’éducation ou encore du recyclage.

Projet Licht de C’Cité : Prix de l’utilité sociale

Dans la catégorie Utilité sociale, le Prix de l’ESS 2022 a été remis à l’association C’Cité (anciennement Fédération des aveugles Alsace Lorraine Grand Est) pour son projet baptisé Le Licht, qui signifie lumière en allemand. « Notre objectif est de mettre en lumière des personnes dans le noir », explique Nadine Winkler, responsable donation et partenariat de C’Cité.

Ce projet a été lancé en 2019. « Cette année-là, nous avons fait face à la réforme des entreprises adaptées qui s’est traduite par une baisse de notre chiffre d’affaires auprès des entreprises. Cela nous a obligés à revoir notre modèle économique. De plus, en 2019 sont arrivés un nouveau directeur et un nouveau président. » L’heure était au changement.

Dans un premier temps, l’association qui vient de fêter ses 113 ans a établi un état des lieux, puis elle a mis autour de la table ses différents acteurs : bénéficiaires, adhérents, salariés. « Tout le monde était d’accord pour bouger », se souvient Nadine Winkler. Et avait la volonté de « dépoussiérer l’activité », de « gagner en modernité » et de proposer de nouveaux métiers aux bénéficiaires de l’association atteints de déficience visuelle.

Bientôt un tiers lieu à Strasbourg

L’association change de nom et lance un projet multifacettes. Licht, c’est à la fois une cuisine adaptée et connectée pour proposer des ateliers pédagogiques aux personnes déficientes visuelles et des formations de commis de cuisine. C’est aussi un atelier artisanal en partenariat avec deux designeuses de l’Atelier Bouillons à Strasbourg et une champignonnière installée dans un bunker, prêté par la ville de Strasbourg. Là, sont cultivés shiitakés et pleurotes, offrant une nouvelle activité gratifiante aux bénéficiaires.

C’Cité a également le projet de lancer un café boutique dans ses locaux, ouvert sur le quartier. « Nous voulons que ce soit un lieu de rencontres et de partage qui devienne incontournable à Strasbourg. » Et in fine « changer le regard sur les déficients visuels », continue-t-elle.
« C’Cité a fait preuve d’adaptabilité. L’association a su se réinventer, sans perdre son ADN, commente Emmanuelle Beyer, présidente de la Cress Grand Est. Elle a aussi réussi à rassembler autour d’elle pour coconstruire de nouveaux projets. »

De son côté, Christophe Genter, directeur du département cohésion sociale et territoriale de la Banque des territoires, salue le dynamisme de ce type de projet. « Cela promeut les tiers lieux, ces endroits hybrides et multifonctionnels, à la fois cafés, lieux de formation, de production, de culture, de travail, parfois incubateur de projets… qui dynamisent les territoires, aussi bien dans les espaces ruraux que dans les centres-villes ».

Passeurs de terres : Prix de la transition écologique

La coopérative régionale agricole des Pays de la Loire Passeurs de terres a obtenu le Prix de la transition écologique. Portée par l’association Terre de Liens Pays de la Loire, elle a été créée en 2018 avec d’autres associations et structures du monde agricole. Sa mission est d’acquérir des terres à l’aide de financements solidaires dans la région pour les louer à des paysans en agriculture bio qui s’installent sur le territoire.

Ce projet s’inscrit dans un contexte de transition agricole. D’un côté, 50 % des agriculteurs français partiront à la retraite dans les dix prochaines années. De l’autre, les jeunes paysans ont des difficultés à acquérir des terres, lesquelles sont majoritairement détenues par des exploitants agricoles industriels.

Un type d’agriculture qui profite à tous

Les enjeux de la coopérative régionale dépassent la simple mise en relation entre propriétaires et nouveaux porteurs de projet. Avec elle, c’est un autre modèle d’agriculture, plus responsable envers la planète et les Hommes, qui est encouragé. Il s’agit de limiter la spéculation foncière sur des terres recherchées, de lutter contre l’artificialisation des sols mais aussi de participer à la sauvegarde de la biodiversité, d’améliorer le bâti agricole et de promouvoir une agriculture responsable.

« Ces fermes représentent un enjeu pour la transition écologique et une sécurisation de l’installation de jeunes grâce à un système vertueux de finance solidaire », résume Philippe Jaunet de Passeurs de terres. Baptiste Perrissin Fabert de l’Ademe rappelle, par ailleurs, que le poids des émissions de CO2 par le secteur agricole est équivalent à celui de l’industrie.

Pour sa part, Émilie Banny-Ducelier, administratrice d’Harmonie Mutuelle, souligne que l’alimentation est un déterminant majeur de notre santé. « Soutenir ce type d’agriculture a des bénéfices pour tous ». Les paysans travaillent dans de meilleures conditions, sans être exposés à des produits toxiques. Et les consommateurs mangent des produits de meilleure qualité. « L’écologie est la science de l’habitat. Or, notre premier habitat est notre corps », résume-t-elle.

Trois ans après le lancement de Passeurs de terres, 600 000 euros ont déjà été collectés auprès de citoyens et six fermes ont été achetées et mises en location auprès de jeunes paysans. « Passeurs de terres est le symbole de l’ESS sur notre territoire », insiste Chloé Durey, responsable développement économique et territoires de la Cress Pays de la Loire.

  • Crédit photo : Camille Betinyani
Auteur article
Alexandra Luthereau

Journaliste spécialisée dans les sujets économie sociale et solidaire.

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