Chauffages d’appoint : quels sont les plus à risques et les plus énergivores ?

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A l’heure de la sobriété énergétique recommandée par le gouvernement, les chauffages d’appoint peuvent être une alternative ou un complément de chauffe. Sont-ils toutefois fiables et économiques ? Tour d’horizon.

Chauffage d'appoint

Le 6 octobre 2022, le gouvernement a dévoilé son plan de sobriété énergétique avec l’objectif de réduire de 10 % la consommation d’énergie du pays d’ici 2024. Quinze mesures ont été préconisées pour mieux gérer les dépenses. L’éco-geste consistant à baisser la température du chauffage en fait partie. Il est conseillé de maintenir les pièces occupées du foyer à 19 degrés en journée et de laisser celles inoccupées à 16/17°. La nuit, la température du logement ne doit pas dépasser 16/17°.

L’Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie (Ademe) estime que le chauffage représente plus de 65 % de la consommation énergétique d’un foyer. Devant la flambée des prix de l’énergie et afin de disposer d’un complément de chauffe, nombreux sont ceux qui ont investi dans des chauffages d’appoint, réputés moins énergivores car utilisés moins longtemps. Ces appareils ne sont pas tous à loger à la même enseigne comme le souligne Céline Laruelle, ingénieure à l’Ademe et David Rodrigues, juriste à l’association Consommation logement cadre de vie (CLCV).

Avec les appareils à combustibles, le danger du monoxyde de carbone

Les poêles mobiles au fioul, à pétrole et autres hydrocarbures sont jugés préoccupants pour la santé bien qu’ils soient peu onéreux à l’achat. « Ils sont à proscrire car ils peuvent s’avérer dangereux. Ne serait-ce que par l’odeur qui se diffuse dès que la combustion s’opère, insiste David Rodrigues de la CLCV. Si on ne peut pas faire autrement que de les utiliser, il faut bénéficier d’une bonne aération et s’équiper de détecteurs de monoxyde de carbone en plus du détecteur obligatoire de fumée. »

Les produits, qui alimentent ces chauffages d’appoint, dégagent du dioxyde de carbone en brûlant. Quand la combustion est incomplète, gênée notamment par un défaut d’entretien, un dysfonctionnement ou un manque d’aération, le monoxyde de carbone se forme. Ce gaz est indolore et inodore. Non irritant mais fort nocif, il se diffuse rapidement. « Il peut entrainer des malaises, des nausées, des risques d’asphyxie… » prévient David Rodigues. Et conduire même à la mort.

En effet, le monoxyde de carbone est la première cause de mortalité accidentelle par toxique en France (*). Il provoque une centaine de décès par an. Et Céline Laruelle de l’Ademe d’ajouter : « Ces chauffages sont peut-être efficaces mais très polluants pour la qualité de l’air ». En effet, des études ont révélé qu’ils projettent systématiquement un concentré de substances volatiles, de gaz, de particules fines plus élevé que les taux limites réglementaires.

Le chauffage mobile électrique, plus sûr mais énergivore

Le chauffage d’appoint électrique est sans doute l’un des plus sûrs que l’on trouve sur le marché. Toutefois, si l’on veut ne pas faire exploser sa facture d’électricité, il faut l’utiliser avec parcimonie dans de petites pièces, comme la salle de bain, ou localement. « Les radiants et autres petits chauffages électriques sont moins dangereux pour la santé que les autres chauffages d’appoint. Toutefois, ils consomment beaucoup et doivent être réservés à un usage restreint », confirme Céline Laruelle.

Ces appareils, comme tous les chauffages d’appoint, sont à débrancher dès que l’on sort de son domicile. « Il faut toujours être à proximité quand on les utilise pour prévenir d’un quelconque problème », observe David Rodrigues. Il est aussi impératif de les arrêter la nuit. « D’une part parce que la température conseillée ne doit pas excéder les 17 degrés », relève l’ingénieure de l’Ademe. « Et lorsque l’on dort, on n’est plus du tout vigilant », complète le juriste de la CLCV. « Même si l’électrique est plus sûr, ce n’est que de l’appoint, la prise peut fondre, faire disjoncter le compteur… » Un incendie domestique peut vite se déclarer. Un sur quatre est d’origine électrique.

Ne pas faire brûler n’importe quoi dans le poêle à bois

Le poêle à bois est une bonne alternative en chauffage complémentaire comme en chauffe principale. Toutefois, c’est un investissement coûteux à l’achat. Pour sa bonne marche sans risque, il faut disposer d’une ventilation correcte et d’un conduit d’évacuation (ou le faire aménager). « Attention cependant aux arrêtés municipaux qui peuvent limiter ou interdire ces dispositifs sur certaines localités en raison de la pollution », poursuit David Rodrigues.

A cela s’ajoute l’entretien à suivre rigoureusement, la vigilance face à la possible formation de monoxyde de carbone, et certaines règles à respecter : « On ne doit pas y brûler n’importe quoi, comme du bois vernis ou peint ou traités, sous peine de dégrader l’appareil et de laisser se diffuser dans l’air des composés volatiles dangereux pour la santé », recommande le juriste.

En résumé, le chauffage d’appoint parfait n’existe pas. « Quand ce ne sont pas des causes énergivores, ce sont des causes de sécurité qui viennent pénaliser ces appareils », admet l’ingénieure de l’Ademe. Cette dernière recommande avant tout de « moduler son chauffage principal en fonction de sa présence ». Fermer les volets ou les rideaux quand la nuit tombe, les ouvrir le jour venant, porter des vêtements adaptés sont aussi de bons moyens pour se réchauffer.

(*). En cas de doute sur la présence de monoxyde de carbone, il est nécessaire d’aérer les locaux, d’évacuer les lieux sans attendre et d’appeler les secours en composant le 15 (Samu), le 18 (pompiers) ou encore le 112 (numéro d’urgence européen).

Aérer et ne pas obstruer les entrées d’air

L’air intérieur d’un logement doit être impérativement renouvelé même en plein hiver. C’est une nécessité sanitaire pour mieux respirer. De ce fait, il faut aérer son habitation cinq à dix minutes tous les jours. De nombreux tutos sur internet expliquent comment boucher tous les trous d’air du logement afin de se protéger du froid. Ce sont des conseils qu’il faut éviter de suivre. « Au contraire, entraver l’aération et la ventilation va créer du froid », explique David Rodrigues, juriste à la CLCV, association de consommateurs et d’usagers. La condensation va alors se former, installant de l’humidité « et cela va rafraichir l’atmosphère ». Non content d’entraîner un inconfort thermique, cela va « mettre les appareils en surchauffe, et laisser s’accumuler dans l’air des substances volatiles, des composés organiques et des gaz, qui sont néfastes ainsi concentrés ».

  • Crédit photo : Getty images
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

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