Plaidoyer pour une économie plus sociale et plus solidaire

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« Utopies locales – Les solutions écologiques et solidaires de demain » est un essai de Timothée Duverger. Chercheur associé au Centre Émile Durkheim, il est également maître de conférences associé à Sciences Po Bordeaux, où il dirige la chaire « Territoires de l’ESS ». Les cinq chapitres de cet ouvrage, nourris de nombreuses références, dessinent un « monde d’après » idéal. Où d’autres manières de produire, de vivre et de consommer deviennent les normes de l’économie. Où l’initiative citoyenne a toute sa place.

Utopies locales illustration
Thimothée Duverger
© DR

Le « monde d’après », c’est celui de l’après Covid-19. Celui qui succédera à cette crise tant sanitaire qu’environnementale. Comme Timothée Duverger, auteur d’Utopies locales-Les solutions écologiques et solidaires de demain*, de nombreuses personnalités et nombre de citoyens aspirent à ce qu’il soit plus écologique et plus solidaire. Un souhait qui pourrait s’appuyer sur les vertus et valeurs incarnées par l’ESS, l’économie sociale et solidaire.

Une période propice à un changement positif

La période est en effet propice à une telle réflexion. « Les grands changements se forment dans le creuset de ces moments critiques », rappelle le chercheur. D’autant mieux que l’ESS expérimente d’ores et déjà des « jours heureux » dans les territoires. Sans pour autant s’affranchir des réalités de notre société et de ses dispositifs institutionnels. Pour cette raison on peut parler d’utopies « réelles », au sein desquelles le bien-être prend le pas sur la croissance économique.

Pour bien cerner cette lame de fond, Timothée Duverger décortique minutieusement ce mouvement. ll revient sur la naissance, les influences, les courants, les penseurs et les développements de l’ESS. Sur la loi Hamon qui va fixer son cadre en 2014, notamment le statut juridique et les pratiques sociales (à savoir une gouvernance démocratique et participative, une recherche de profit limitée et une utilité sociale).

Au fil de sa lecture, le lecteur découvre que bien des jalons sont déjà posés. En termes de réflexion, de recherche, d’expérimentations et de réalisations. Ces dernières touchent notamment l’écologie locale, le revenu de base et les budgets participatifs.

Territoires zéro chômeur, monnaies locales…

Pour avancer, il faut opérer des transitions, essentielles dans l’ESS. Elles sont locales, à portée des citoyens et multidimensionnelles. Les territoires sont leur terrain de jeu, à la fois champ d’action et ressource, avec des spécificités géographiques et historiques. Les territoires sont le contexte. C’est là que des scénarios à même de résoudre un problème sociétal ou environnemental seront bâtis. Que les solutions seront expérimentées.

Les initiatives locales sont multiples : territoires zéro chômeur longue durée, tiers-lieux, monnaies locales, alimentation raisonnée ou pôle de coopération économique.

Les projets peuvent déboucher sur une dynamique collective et la coopération entre différents acteurs engagés.

Dynamique collective à l’image de la Biovallée

Une illustration parfaite en est la Biovallée, dans la Drôme. La dynamique collective est apparue dans les années 80, autour de l’assainissement de la rivière la Drôme, très polluée. Les deux décennies suivantes ont vu éclore une multitude d’initiatives : les Rencontres de l’écologie de Die, une épicerie coopérative, une matériauthèque, de l’accorderie (échange de bons procédés), le tiers-lieu L’Usine Vivante à Crest, le chantier participatif du monastère de Sainte-Croix…

La marque Biovallée a été déposée en 2002. L’association qui la gère a vu le jour dix ans plus tard et rassemble 250 adhérents (acteurs socio-économiques, élus et habitants). Entre 2009 et 2015, avec le soutien de la Région, elle a accompagné quelque 200 actions locales – dans les énergies renouvelables, les circuits courts, l’agriculture biologique, l’écoconstruction etc.

Mais c’est au Pays Basque qu’est née en 2013 la première monnaie complémentaire d’Europe, l’eusko. Plus de 2 millions d’euskos sont aujourd’hui en circulation, utilisés par 3 200 particuliers, 937 professionnels et 21 collectivités territoriales.

Tiers-lieux, énergies citoyennes, fermes d’avenir

Il existe aussi des organisations territoriales plus hybrides, comme les tiers-lieux, apparus à la fin des années 2000. Ils s’appellent parfois coworking, fablab, makerspace… Cette « équation particulière entre un lien et un lieu » est par exemple incarnée par l’Usine Végétale de la très petite commune de Fieu, en Gironde. Le projet dessert en fait un bassin de vie de 35 000 habitants et héberge des associations, des résidences d’artistes-chercheurs, un jardin pédagogique, mais aussi des entreprises réunies autour de trois pôles -écoconstruction, agroécologie et numérique.

Il faudrait encore parler des récentes énergies citoyennes, alternative aux énergies fossiles (comme Enercoop). Des initiatives autour du foncier avec des collectes pour acheter des fermes, louées ensuite à des agriculteurs engagés (c’est par exemple l’action de Terre de liens, avec 15 000 actionnaires solidaires et 8 000 donateurs qui soutiennent 376 fermiers). Sans oublier le revenu de la transition écologique (RTE), un projet de rémunération pour encourager le développement d’une activité écologique ou sociale soutenable.

Converger vers un récit commun

Ce foisonnement de projets inspirants ne doit pourtant pas occulter la dimension sociale de l’écologie. Le mouvement des Gilets jaunes en a rappelé les fragilités, la difficulté de faire société quand les priorités divergent. Le théoricien de l’écologie sociale, Murray Bookchin rappelle d’ailleurs que « Le véritable champ de bataille où se décidera l’avenir écologique de la planète est clairement le champ social, en particulier l’opposition entre le pouvoir du capital et les intérêts de long terme de l’humanité dans son ensemble ». De ce constat émane le courant politique appelé « municipalisme », qui entend déployer la démocratie à l’échelle de la commune.

Timothée Duverger fait le pari qu’en combinant ESS et municipalisme, ces innovations sociales et utopies locales pourraient bien « écrire un récit commun » et amorcer un changement d’envergure.

*Utopies locales. Ed Les Petits Matins.

Couverture Utopies locales - T. DuvergerAu sommaire d’Utopies locales

Introduction

1re partie. La brèche

2e partie. Le projet de l’ESS

3e partie. Les transitions locales

4e partie. Les nouveaux horizons du localisme

5e partie. L’expérimentation démocratique

6e partie. La corévolution de l’action publique

Conclusion. Vers une social-écologie locale.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Nathania Cahen

journaliste spécialisée dans les sujets société et économie.

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